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 Because of the wonderful things she does

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Le Picotron
(Futurs) Maîtres du Monde
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Féminin Nombre de messages : 42
Localisation : La planète Vulcain
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MessageSujet: Because of the wonderful things she does   Jeu 10 Juin 2010, 02:58

Because of the
wonderful things she does


Les histoires se répètent sans fin, c'est bien connu.
Celle que je vais vous raconter se passe dans un pays lointain, peuplé de monstres et de sorcières. On dit que dans un grand palais émeraude, quelque part au delà de l'Arc-en-ciel, un Magicien a le pouvoir de changer le cours des choses.
Trois personnes, l'une sans cœur, l'autre sans cervelle, et la dernière sans courage, espèrent son aide.
Et, à l'autre bout du pays, une jeune fille aux souliers rouges suit la route de briques jaunes pour le trouver.
Elle marche depuis si longtemps qu'elle ne sent plus rien, ni la chaleur étouffante des journées passées, ni même les larmes qui mouillent son visage fatigué.
Tout ce qu'elle souhaite, c'est rentrer chez elle. Elle sait qu'un jour, elle s'arrêtera, enfin.
L'histoire commence lorsqu'elle lève la main.


Chapitre Un
La fille aux santiags rouges



Le ronflement d’un vieux pick-up boueux fendit l’air, et le véhicule souleva la poussière rouge orangée de l’asphalte brûlant. Sous le soleil de cette fin d’après-midi, l’air ardent se troublait : on ne distinguait que quelques ombres à peine sous les buttes rocheuses, hérissées de touffes d’herbe sèche.
Le pick-up, dont on ne distinguait plus la couleur tant il était sale, passa en trombe devant un panneau signalant «Vous quittez l’Arizona».
Le regard alerte, la jeune femme au volant, lunettes de soleil vissées sur le front conduisait avec assurance. Cela faisait bien trois jours qu’elle roulait. La Californie n’avait jamais été aussi proche. La possibilité de tout recommencer à zéro aussi. Elle n’en dormait plus. Mais ça ne l'atteignait pas, songeait-elle en réprimant en petit bâillement.
Elle passa la main dans ses cheveux, une crinière châtain et ondulée qui lui descendait jusque dans le dos.
Ses habits étaient froissés. Son jean autrefois troué aux genoux, conformément aux dernières tendances, était maintenant déchiré de partout. La couleur noire de son débardeur, qui vantait les mérites de l’Université d’Oklahoma, était défraîchie. Sa tenue était classique, à l’exception des deux longues manchettes qui recouvraient ses avant-bras et qui donnaient à l’ensemble un petit côté dangereux.
A l’instar de ses vêtements, Stella Meers était toute en contradictions. Elle était féline, à la fois douce et nerveuse. Elle ne savait pas ce qui allait lui arriver, mais faisait mine de s'en moquer. Plus d'une personne, en ayant traversé ce qu'elle avait traversé, se serait roulée en boule par terre dans un vieux peignoir à motifs floral en pleurant après sa maman... mais pas elle. Stella sourit à cette pensée. Elle était bien plus forte que ça.
Quelque chose attira son attention : une lumière rouge clignotait sur le tableau de bord. Elle n’avait plus d’essence.
Les lèvres de Stella se mirent à trembler. La gorge serrée, elle ne put émettre qu'un déjà? étranglé.
Une grosse larme perla au coin de son œil. Puis deux. Puis trois. Et, ne pouvant plus se retenir, la jeune femme s’effondra en pleurs sur son volant :
-NON! PUTAIN DE PICK UP DE MERDE ! POURQUOI MOI?!
Elle n’avait pas de temps à perdre, ne voulait pas s’arrêter. Et surtout, elle ne voulait voir personne. Mais elle n’avait pas le choix.
Non loin, elle aperçut une vieille station service et, reniflant, posa ses lunettes sur le nez pour se redonner de l'assurance.
Elle décéléra.


OoOoO


Stella s’arrêta devant un pompiste qui, assis dans un rocking-chair, la regarda descendre en mâchant mollement son chewing-gum, l'œil bovin.
-J’vous fais le plein, ma p’tite dame ?
La p’tite dame hocha la tête en reniflant. Le pompiste se rapprocha et passa la main dans ses cheveux gras :
-Et à votre pick-up aussi ? lança-t-il avant de s’esclaffer.
Stella serra le poing, tandis que le pompiste la reluquait sans aucune discrétion.
-Belle carrosserie…lâcha-t-il enfin. Pas comme votre engin, là.
La jeune femme préféra l'ignorer. Elle saisit son sac à dos sur le siège passager, et s’engouffra dans la petite boutique crasseuse adjacente à la station.
Un vieux ventilateur y brassait de l’air chaud en bourdonnant. Un air country ringard s'élevait d'une chaîne hi-fi passée de mode.
La tenancière, une dame bien trop fardée pour son âge avancé, baissa son magazine de potins pour regarder sa seule cliente évoluer parmi les minuscules rayonnages.
Stella finit par se rapprocher de la caisse, et posa une barre chocolatée devant la mégère. Cette dernière lui souffla la fumée de sa cigarette au visage.
-Un dollar cinquante, cracha-t-elle. Cinquante de plus pour l’essence.
Stella farfouilla dans son sac à dos.
-La maison fait pas crédit, rajouta la vendeuse, en détaillant d’un regard méprisant, les habits sales de sa cliente.
Stella paya.
Vieille bique, pensa-t-elle en lui lançant un sourire hypocrite. Puis elle sortit et s’engouffra dans son pick-up sous le regard lubrique du pompiste.
-Et z’allez où comme ça, ma jolie ?
Stella lui fit un clin d’œil :
-On verra bien.
Elle démarra en trombe, aspergeant l'homme d'une fumée épaisse et noire. Bientôt son véhicule ne fut plus qu’une tâche à l’horizon. Le pompiste se rassit, et amena à sa bouche une bouteille de bière tiède.
La tenancière surgit du magasin, furieuse :
-Joe ! Rattrape-la !
L’homme ne se leva même pas et considéra la femme, l'œil éteint :
-Mais pourquoi M’man ?
-ELLE NOUS A VOLÉ LA MOITIE DE LA BOUTIQUE, IDIOT!
Joe considéra l’horizon. Le pick-up avait disparu depuis longtemps.
-Ben ça alors… finit-il par dire.


OoOoO


Le jour déclinait. Ce n’était plus qu’une question de minutes avant que le désert ne soit plongé dans l’obscurité. Quelques instants plus tard, les phares du pick-up éclairèrent un panneau qui indiquait «Los Angeles : 230 miles».
Stella ouvrit grand les fenêtres de son véhicule, savourant l’air qui fouettait son visage. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas gouté à la liberté de faire ce qu’elle voulait. Malgré le manque de sommeil, elle se sentait bien.
Elle saisit d’une main leste son sac à dos et vida son contenu sur la banquette. Des canettes de Coca roulèrent sur le sol, écrasant au passage toutes sortes de friandises .
Au diable le régime gruau-purée de chou-salsifis de ces trois dernières années!
En gardant un œil sur la route, Stella farfouilla dans son butin, et en sortit un paquet de cigarettes mentholées. Elle s’en alluma une, et soupira d’aise. Au diable les résolutions forcées!
La jeune femme, soulagée, s'adossa au siège du pick-up, appréciant le contact du vieux cuir contre ses épaules : elle n’avait plus qu’à rouler droit devant elle jusqu'à Sunnydale, qui n'était plus si loin. Tout dépendait maintenant de l'accueil de son cousin, qui vivait là-bas. Cette nuit peut-être, pour la première fois depuis des années, elle allait pouvoir se poser et repartir à zéro.
Elle roula le temps de quatre ou cinq cigarettes, s’amusant à détailler les quelques cactus sur sa route, leur trouvant parfois une ressemblance avec des personnes connues. Le nombre de plantes faisant penser à Abraham Lincoln était tout simplement ahurissant.
Ou était-ce elle qui avait un problème avec Abraham Lincoln?
Elle n'eut pas le temps d'approfondir la question : quelque chose sur le bord de la route lui fit froncer les sourcils.
-Qu’est ce que…


OoOoO


Eclairé par ses phares, un des Abraham Lincoln bougeait. Alors que Stella s’en approchait, la forme du Président se précisa et se fondit en une jeune fille métissée et crasseuse qui tendait la main bien haut vers le ciel. Elle portait une robe très courte, informe, et des santiags rouge sang.
Stella lui passa devant, soulevant la poussière autour d’elle. Après avoir roulé quelques mètres, la jeune femme regarda dans son rétroviseur.
Que fabriquait cette vagabonde au beau milieu de nulle part ? Stella secoua la tête: ça n’avait aucune importance. Chacun ses problèmes, elle en avait déjà bien assez à son compte. Et puis, se faire prendre en stop par elle n'aiderait pas cette fille, bien au contraire.
Pourtant, Stella sentit ses mains se crisper autour de son volant. Sa propre volonté jouait contre elle.
Elle appuya sur la pédale de frein, et se vit faire demi-tour.


OoOoO


Malgré elle, Stella ouvrit la porte passager. La métisse courut jusqu’à elle. Elle s'engouffra dans la cabine surchauffée du pick-up... et se jeta dans les bras de Stella:
-Merci! lança-t-elle d’une voix où pointait un accent anglais.
Stella resta quelques instants interdite devant cet élan d'affection inattendu.
-De rien, balbutia-t-elle, en se dégageant vivement de l'embrassade de l'étrangère.
Cette dernière ne parut pas s'en offusquer. Au contraire, elle la considérait avec bienveillance :
-Je m'appelle Maïa, juste Maïa.
Sans gêne, elle saisit une friandise au sol et mordit dedans avec délice.
-Et toi? Fit-elle, la bouche pleine.
Après une légère hésitation, la conductrice lui répondit:
-Je m’appelle Stella.
-Juste Stella ?
-Juste Stella.
La jeune fille lui lança un sourire énigmatique.
- Tu es prudente. C’est bien. Mieux vaut ne pas trop en savoir l’une sur l’autre, hein ?
Stella démarra et reprit sa route, nerveuse. Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi elle avait aidé cette fille. Elle jeta un furtif coup d’œil à son invitée. Qu’elle était maigre ! Et d’où sortait-elle cette coupe improbable ? Ses cheveux noirs étaient taillés courts dans l’anarchie la plus totale. Cependant, sous son visage crasseux, il fallait admettre qu’elle était plutôt jolie. Même si ce que Stella avait pris pour une robe était en fait un t-shirt rapiécé, qui lui arrivait juste au dessus des genoux, et constituait son unique vêtement. Unique vêtement? A travers ses lunettes fumées, Stella tenta de vérifier si sa passagère portait au moins une culotte sur ses sièges en cuir. Elle se reprit.
Mais qu'est ce que je suis en train de faire?! songea-t-elle.
Tout en roulant, Stella se demanda si elle n’avait pas déjà vue l'auto-stoppeuse quelque part, mais renonça à trouver où. Malgré sa curiosité, elle se garda de lui poser des questions de peur que cette dernière ne lui en pose aussi.
Elle se crispa: elle avait la désagréable impression que la fille l’épiait aussi, derrière ses cheveux en bataille. Voulant la prendre sur le fait, elle se tourna vers elle, et cette dernière détourna le regard.
-Un problème ? demanda la conductrice.
-Non, non.
-Alors pourquoi tu me regardes ?
La jeune fille secoua la tête et se mordit les lèvres.
-Ce n’est rien, je suis juste heureuse.
-Heureuse ?
La jeune fille paraissait épuisée. Pourtant le plus dur semblait derrière elle, au vu du sourire paisible qu’elle avait aux lèvres.
-J’ai attendu ce moment depuis longtemps. Maintenant, c’est sûr, je vais rentrer chez moi.
La conductrice jeta un coup d’œil intrigué à sa passagère. Cette dernière prenait ses aises, étendant ses jambes devant elle. Comment pouvait-elle être aussi sereine ? Elle avait pourtant l’air d’avoir échappé de justesse à un meurtre ou dieu sait quoi encore... Stella frissonna. Maïa la tira de ses pensées :
-Donc on va à Sunnydale ?
Stella ouvrit des yeux ronds :
-Comment tu…
Son interlocutrice ramassa une carte à ses pieds et, avec un sourire, y désigna une ville entourée de ronds rouges.
-Oh.
Stella haussa les épaules :
-Oui. Je peux te déposer là-bas, si tu veux.
Maïa hocha la tête :
-Je ne sais pas si on y trouvera ce que l’on souhaite, mais ça me va. Tout plutôt que de rester dans le désert!
Avant que Stella puisse lui demander quoi que ce soit sur sa phrase énigmatique, elle poursuivit, la mine sérieuse :
-Je ne veux pas gâcher ce moment. Mais, si on doit voyager ensemble, je dois t'avertir, dit-elle.
Elle sourit légèrement.
-J’ai un caractère épouvantable.
Pensive, elle se mordit les lèvres quelques secondes avant de lâcher, comme si de rien n’était :
-Oh, et je porte malheur.
Du coin du regard, elle sonda son interlocutrice, à l’affût d’une quelconque réaction. Stella la considéra un moment, suspicieuse :
-Mais qu’est-ce qui te fait penser ça ?
La jeune fille entoura ses genoux de ses bras, le regard sombre.
-Je te jure que je ne te mens pas. Partout où je vais il arrive... des choses. Des fois c'est juste pénible, mais d'autres c'est... affreux. Je porte vraiment malheur.
Devant la conviction de sa passagère, Stella afficha une mine sérieuse :
-Malheur comment ?
Une détonation les fit sursauter et Stella considéra avec stupeur l’épaisse fumée noire qui s’élevait de son capot, et n’augurait rien de bon. Le pick-up toussota, cracha, et finit par stopper au beau milieu du chemin.
Les filles se lancèrent un regard peu rassuré... et sortirent de la voiture à toute vitesse. Une fois éloignées du véhicule, elles considérèrent le spectacle un moment, interdites.
-Euh… lâcha finalement Maïa.
-Mmh ? fit sa camarade, les lèvres tremblantes, les yeux plein de larmes, en considérant le capot fumant de l’épave.
Maïa fronçait les sourcils, visiblement contrariée.
-C’est étrange tout ça. Quand je disais que je portais malheur… je ne voulais pas dire comme ça.
-Mais…tu portes malheur comment alors ? couina Stella en essuyant une larme derrière ses lunettes.
Un grognement inhumain s’éleva derrière elles, et elles se figèrent.
Maïa soupira, soulagée :
-Ah ben voilà. Malheur comme ça.

OoOoO
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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 17 Juin 2010, 09:14

Chapitre Deux :
La lionne peureuse, la sorciere et la machine malefique



Dans l’obscurité, la main de Maïa chercha celle de Stella et la saisit fermement. Stella comprit aussitôt le message : il ne fallait pas bouger, pas même d’un pouce. Elles demeurèrent immobiles un instant, n'osant même plus respirer.
-C'est... c'est des coyotes, c'est ça? souffla Stella, peu rassurée.
-Pire. Des vampires, répliqua Maïa.
A peine le mot avait-il franchi les lèvres de la fille, que Stella sentit sa gorge se nouer. Un souvenir affreux, qu’elle avait enfoui en elle depuis des années, s’était réveillé.
Son cœur se mit à battre à tout rompre alors qu’un tas d’images renaissaient devant ses yeux. Elle se rappelait les coups, ces trois coups lents sur la porte qui l’avaient levée, au beau milieu d’une nuit de janvier.
-Ne dis rien. Ne bouge pas. Je vais nous débarrasser d’eux, fit la voix de Maïa.
Avec difficulté, Stella acquiesça. Les trois coups résonnaient encore dans sa tête.
Le grognement s’éleva une fois de plus, rauque et menaçant, et deux silhouettes émergèrent des ténèbres. Il s’agissait de deux hommes, un afro-américain colossal dont les bras musculeux étaient couverts de cicatrices et un rouquin replet, à la mine sombre. Ils portaient tous deux la même veste, un blouson gris marqué d'un logo StarBlood. Leur visage était difforme : leur front bombé soulignait leurs yeux, des globes exorbités où pointaient deux iris jaunâtres, dans lesquelles on ne pouvait lire aucune pitié. Leurs lèvres retroussées se tordaient en un sourire sournois, qui laissait voir des canines pointues et tachées.
Ce visage, Stella l’avait vu une seule fois auparavant. La nuit où tout avait changé. La nuit où elle avait ouvert la porte et avait laissé entrer un monstre chez elle.
Les yeux des vampires luisaient dans la nuit. Ils fixaient leurs proies avec appétit, savourant la peur qui émanait des deux corps fragiles devant eux.
-Juste ce qu’il nous fallait, fit le rouquin sur un ton satisfait.
-Je ne crois pas qu’on soit ce qu’il vous faut.
La métisse avait parlé en le regardant droit dans les yeux. Ce n’était visiblement pas la première fois qu’une telle chose lui arrivait. Pourtant sa main serrait de plus en plus fort celle de Stella, comme pour se donner du courage.
-Un peu plus à l’Est, il y a un groupe de campeurs bien dodus. Ils feront un bien meilleur repas que nous.
En temps normal, Stella se serait demandé comment cette fille osait bluffer en un moment pareil. Mais une sueur glacée roulait le long de son échine. Elle n’avait qu’une envie : se rouler en boule par terre, et pleurer.
-Des campeurs ? C’est une bonne idée ça ! fit le black, un peu hébété. On y va, Phil ?
Son acolyte lui fit sèchement signe de se taire. Il se mit à tourner lentement autour des filles. Il saisit Maïa par les cheveux et colla son visage contre le sien.
-Et pourquoi je devrais tomber dans un piège aussi gros ? siffla le rouquin.
-Parce que je te le dis.
-Ah oui ?
Maïa lui sourit.
-Oui. Va-t-en.
Le vampire desserra son étreinte et se remit à tourner autour d’elles, soufflant comme un possédé. Il semblait lutter contre ses pensées. Il stoppa derrière Stella et poussa un soupir d’exaspération.
Cette dernière se raidit.
Elle pouvait sentir son haleine dans son cou. Le flot d’images redoubla dans sa tête. Il était trop tard, le monstre était entré. Il ricanait. Elle pouvait sentir son haleine dans son cou.
Elle devait partir d’ici. Tout de suite.
Malgré la peur, ses membres se mirent en mouvement, et elle bouscula le vampire. Elle décampa aussi vite qu’elle le pouvait, refusant d’entendre Maïa qui l’appelait.
Mais, dans la nuit noire, il lui était impossible de voir où elle allait. Elle se perdit dans le désert.


OoOoO

Stella courait à s’en faire mal. Elle ne pouvait pas mourir, pas maintenant! Pas après avoir si peu gouté à la liberté! Et surtout, pas comme ça!
Elle accéléra encore. Peu à peu, les grognements et bruits de pas s'éloignaient.
Mais un cri affreux la fit stopper. C'était Maïa!
Alors que l'idée de s'enfuir plus loin encore germait dans son esprit, une douleur violente lui transperça le corps. Qu'avait-elle fait? Elle tomba à terre, et serrant les bras autour de son ventre, posa sa tête contre le sable encore chaud.
Elle regarda en arrière.
A quelques mètres seulement, la jeune fille se débattait en vain alors que le vampire le plus imposant lui agrippait les bras, et les cheveux. Elle hurlait. Elle l'appelait.
Stella frémit en entendant son nom. Elle resta cependant figée dans le sable, regardant comme impuissante le monstre frapper la métisse dans les côtes.
Cette dernière bascula en arrière et atterrit à terre, inconsciente.
Stella se retint de crier, du mieux qu’elle put. Une vive douleur lui vrillait les côtes, comme si c'était elle qui avait reçu le coup. Gémissante, elle rampa et s’accroupit derrière un rocher proche.
Les vampires semblaient avoir renoncé à la chercher.
L’un d’eux s'éloignait en traînant Maïa par le pied. Mais de là où elle était, Stella ne parvenait pas à distinguer le second monstre.
Quelque chose craqua derrière elle.


OoOoO


Stella se retourna … et se prit un coup en pleine figure. Ses lunettes de soleil tombèrent à terre, brisées.
-On essayait de se cacher ? cracha le vampire qui se dressait devant elle.
En un clin d’œil, son acolyte était là. Maïa était allongée à côté d’eux, le visage dans le sable. Stella cracha du sang. Une larme perla au coin de ses yeux.
-Partez ! cria-t-elle.
-Mais voyons… Lizbeth ne serait pas contente si on ne lui amenait pas une délicieuse fille comme toi.
-Et nous on n’aime pas beaucoup quand M'dame Lizbeth n'est pas contente ! ajouta le colosse.
Le roux leva les yeux au ciel :
-Allez, on escorte Mademoiselle, intima-t-il.
Il s’avança vers Stella, menaçant. Cette dernière écarquilla les yeux.
Les mains tremblantes, elle fouilla ses poches, à la recherche d’une quelconque arme. Horrifiée, elle ne put en tirer qu’un crayon à papier mâchonné.
Elle le brandit néanmoins, en s'écriant d'une voix qui se voulait intimidante mais qui ne parvenait pas vraiment à l'être:
-Attention ! J’ai un crayon à papier ! Et je n’hésiterai pas à m’en servir !
Les démons ricanèrent.
-Et tu comptes faire quoi avec ça?
L'horrible vampire roux se jeta sur elle, et Stella hurla. Elle ferma les yeux, agita son crayon, et frappa au hasard.
De longues secondes s’écoulèrent, pendant lesquelles elle s’attendit au pire, s'époumonant toujours.
Mais il ne se passa rien.
Absolument rien.
La jeune femme cessa de crier, et ouvrit un œil surpris.
Le visage du vampire se tenait à peine à deux centimètres du sien. Ses yeux trahissaient son effarement. Il porta la main à son cœur, où le crayon à papier était profondément planté.
-Sale p… bégaya-t-il.
Mais il ne put finir : son corps se désagrégea, et de multiples particules de poussière retombèrent sur Stella. Elle grimaça, et leva un regard peu assuré sur l'ennemi qui restait.
Ce dernier la dévisageait, les yeux ronds. Il recula d’un pas, et s’enfuit, emportant Maïa.
Une vive douleur s'empara à nouveau de Stella, comme si quelqu'un venait d'enfoncer un poignard dans sa poitrine. Elle voulait partir loin et oublier tout ça, mais elle sentait jusqu'au plus profond de son être qu'elle ne pouvait pas faire ça. Elle avait signé l’arrêt de mort de cette fille. Elle devait la sauver.
Stella tremblait de tout son corps. Pourtant, elle se mit à avancer, mettant avec difficulté un pied devant l'autre. Elle ne devait pas perdre des yeux le monstre qui s'enfuyait au loin.


OoOoO


Stella avait dû se montrer la plus furtive possible pour suivre le vampire et sa proie. Elle avait l'impression d'avoir couru pendant une éternité dans le noir, dans un paysage aride et lugubre. Maïa était toujours inconsciente dans les bras du monstre, mais Stella l'entendait presque encore crier son nom, la supplier de l'aider. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle avançait, malgré la peur qui glaçait son sang et faisait trembler ses membres.
Enfin, le vampire ralentit à l’approche d’un bâtiment en briques épaisses et grisâtres qui se dressait au milieu des buttes. Il s'agissait d'un vieil abattoir aux vitres barbouillées de peintures noires. Personne n’aurait pu imaginer qu’un tel édifice se trouvait dans les parages.
Le vent, glacé à cette heure de la nuit, fit frissonner Stella. Se faisant la plus discrète possible, elle tâtonna en direction d’un énorme camion qui se tenait non loin de l’entrée. Vérifiant que personne ne rôdait aux alentours, elle se dirigea vers le mur de la bâtisse et chercha à apercevoir Maïa.
Le musculeux vampire s'approcha de l'entrée, et frappa à la porte. Quelqu’un ouvrit et son visage hideux fut éclairé par les lumières jaunâtres de l’intérieur:
-J'en ai trouvé une de plus !
-Jette la avec les autres, fit une voix glaciale. Et ensuite tu ressors et tu fais le guet.
-Mais je vais rater le spectacle!
-C'est ce qui arrive quand on arrive le dernier.
Le vampire s'exécuta à contrecœur.
Stella se recroquevilla à terre. Elle considéra ses options. Ils étaient certainement nombreux et organisés. Et elle n'avait même pas pu vaincre un seul de ces monstres pour... Elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle refusait de penser à cela.
Un bruit la fit sursauter et elle se plaqua contre le mur de la bâtisse, le souffle court. Le vampire qui avait enlevé Maïa était ressortit et entreprenait de faire le tour du bâtiment, la mine grise. Il ne tarderait pas à l'apercevoir.
Elle considéra les lieux: une vitre cassée, dont l'ouverture était assez grande pour laisser passer une personne de sa taille, attira son attention. Après un instant d'hésitation, Stella s’en rapprocha avec précaution...
Il n’y avait pas de mouvement à l’intérieur.
Les pas se rapprochaient...
Stella passa lentement sa main entre les éclats de verre brisé, saisit la poignée de la fenêtre, et l’ouvrit. Elle se glissa dans le bâtiment.


OoOoO


Elle regretta aussitôt d'être entrée. Le fauteuil derrière lequel elle avait atterri grinça, se retourna et un vampire apparut, le visage hideux et scarifié. Il lui manquait un œil et sa bouche était déformée par une vilaine balafre.
Il n'eut pas le temps de faire grand chose.
En effet, manquant de hurler, Stella tenta de se protéger contre cette apparition. Sans le vouloir, elle lui décocha un méchant coup de poing et ce dernier, soufflé par l'impact, glissa au bas du fauteuil, aux pieds de la jeune femme.
Elle agita encore les bras, détournant la tête, pendant quelques secondes, avant d'enfin se rendre compte que tout danger était écarté.
Elle jeta un furtif coup d'œil à sa victime. Il portait lui aussi une chemise estampillée Starblood. Quelque chose lui disait qu'elle serait plus en sécurité avec ça sur le dos. Elle l'enfila en se pinçant le nez: la chemise avait des relents de mort.
A la lueur de la lune, le vampire paraissait être un vieil homme ridé et pâle. Stella eut un pincement au coeur: elle ne pouvait pas tuer un grand-père.
Elle réalisa la naïveté de sa pensée: cette chose n'était pas humaine, et la tuerait à la première occasion.
Elle devait se débarrasser de ce vampire avant qu'il ne se réveille. Ne restait qu'une solution... D'une main tremblante, elle tira de sa poche le crayon qui lui avait auparavant sauvé la vie, et le planta de toutes ses forces dans le torse du monstre qui se décomposa, se mêlant à la saleté qui jonchait le sol.
Stella réprima un frisson de dégoût.
Elle fit quelques pas à reculons dans la pièce, un bureau désordonné aux murs couverts de plans alambiqués, sans pouvoir quitter des yeux les restes calcinés du vampire.
Il lui sembla entendre comme un grésillement. Mais elle n'eut pas le temps d'en chercher l'origine: un grincement de porte la fit stopper net.


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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 17 Juin 2010, 09:16

Cachée derrière un rideau, Stella retint son souffle. Parfois, la vitesse de ses propres réactions la prenait par surprise. Elle se raidit. Des talons claquèrent sur le sol poussiéreux. Et alors que la lumière inondait brusquement la pièce, elle aperçut une silhouette féminine se poser sur le fauteuil, à quelques centimètres à peine de là où Stella était cachée.
Ne faites pas attention à la fille derrière le rideau! supplia silencieusement cette dernière.
Visiblement occupée à réfléchir intensément, la femme ne la remarqua pas et posa ses bottes à bouts pointus sur le bureau avec suffisance. Elle pianota sur son téléphone.
-Oui ?
-Qu’on me passe César, cracha la femme.
-Bien.
Quelques secondes s’écoulèrent au bout desquelles une voix caverneuse répondit.
-Un problème, Lizbeth ?
-Je suis entourée d’imbéciles qui me font attendre, mais cela ne change pas mes habitudes.
-As-tu vu la machine ?
-Pas encore. Quelqu’un doit venir me la présenter.
-Tu sais que je n’aime pas être déçu, particulièrement quand il s’agit d’une affaire aussi importante que celle-ci. Assure-toi que le travail ait bien été exécuté.
-Ce sera fait Monsieur.
-Je souhaite que notre projet soit achevé rapidement. Le Conseil ne doit plus se dresser contre nous. Le désastre de San Gimigniano ne doit plus se reproduire. Plus jamais.
-Bien Monsieur.
L’homme raccrocha. Le silence retomba, et la voix de la dénommée Lizbeth s’éleva :
- Sais-tu ce que je ne supporte pas, Nécromancien ?
Il n’y eut aucune réponse.
-Les cancrelats qui se cachent dans mon bureau.
Le rideau s’ébranla dévoilant la malheureuse Stella, les jambes flageolantes. C’était la fin.
Alors qu’elle tentait vainement d’intimer à ses membres de bouger, Stella découvrit le visage de son ennemie. On aurait cru une sorcière. Elle avait en effet un visage ingrat aux traits marqués. Sa bouche se tordait en un rictus mauvais. Ses petits yeux perfides soulignés de sourcils épais toisaient la jeune fille avec dédain. Ils se posèrent sur la chemise de Stella.
-Qui es-tu ?
Un frisson douloureux parcourut Stella. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle balbutia quelques mots incompréhensibles, suppliant pour sa vie. Pourquoi cette femme ne l’avait-elle pas déjà tuée ?
-Es-tu celle qui devait me briefer ?
Stella releva des yeux étonnés. La briefer ?
-Je… oui, bredouilla-t-elle.
Lizbeth la fixait avec mauvaise humeur.
-Et on peut savoir ce que tu fous là à te cacher?
Stella frémit:
-Je... Vous me faites peur! s'entendit-elle couiner.
Son sang se glaça, et, en son for intérieur, elle se maudit de sa réaction puérile. Mais, étrangement, cela sembla satisfaire la femme, qui la toisa avec un plaisir mauvais:
-C'est évident.
Ses yeux se firent plus noirs:
-Et bien, qu’attends-tu pour ce briefing?
Elle tourna les talons et se rassit.
Devant l'hésitation de Stella, la femme cria:
-MAINTENANT !
Stella fit quelques pas dans la pièce, sous l’œil mauvais de la vampiresse. Elle saisit un plan qui avait été cloué au mur et le balaya du regard.
-Je… il s’agit d’une machine.
-JE SAIS ! cracha son interlocutrice.
Stella continua à déchiffrer le schéma, concentrée. S’il y avait bien un moment où elle devait se rappeler de ses cours de technologie, c’était maintenant. Ce qui était dessiné sous ses yeux semblait être un gigantesque alambic. C’était un enchevêtrement complexe de tuyaux et de tubes métalliques, qui comprenait des instruments variés tous à priori destinés à faire le plus de mal possible : il y avait des scies, des couteaux de tailles variables, des colonnes de vierges de fer et des étendues de …
-Tu commences à m'ennuyer, la coupa Lizbeth.
Stella releva la tête à temps pour voir la vampiresse faire un signe à quelque chose derrière elle. Elle se retourna. Un être encapuchonné était apparu derrière elle. Un cercle de fumée pourpre se dessina peu à peu à ses pieds et se mit à remonter le long de ses jambes. Stella sentit son corps se crisper. Il faisait soudain très froid et elle avait l’impression que sa vue se brouillait et qu’elle était aspirée hors de la réalité. D’horribles voix fusèrent à ses oreilles, comme des cris d’agonisants que l’on menait au purgatoire. Les doigts griffus et anormalement longs de la créature se posèrent sur ses bras. Stella tressaillit : elle était en train de mourir.
-ATTENDEZ ! cria Stella. C’EST MOI QUI AI CREE CETTE MACHINE ! JE SUIS LA SEULE A POUVOIR LIRE CES PLANS ! SANS MOI, VOUS NE POURREZ JAMAIS L’UTILISER !
La voix cruelle de Lizbeth émergea des ténèbres :
-Trop tard.
Stella ferma les yeux, et, dans un effort désespéré, elle tenta de se concentrer sur le peu qu'elle avait entendu, juste avant.
-CESAR NE VOUS LE PARDONNERAIT PAS!
L'évocation de ce nom eut l'effet escompté.
Stella tomba à terre dans le bureau poussiéreux. Lizbeth grimaça :
-Tu as une minute.
Stella n’avait pas le choix. Elle devait faire de son mieux et convaincre cette femme.
-C’est un grand jour pour…
Elle jeta un coup d’œil à sa chemise
-StarBlood.
D’une main qui se voulait assurée, elle saisit quelques documents qui gisaient sur le bureau. Elle les survola en une seconde.
-La machine que je vais vous présenter changera à jamais le visage du monde pour nous autres les vampires. Nous passons de l’artisanat à une technologie de pointe qui nous permettra de multiplier par mille nos rendements et la souffrance de notre matière première!
Elle observa un petit silence. Lizbeth la fixait. Finalement, elle laissa échapper un "Par mille?" étonné.
Stella n'attendit pas plus. Se remémorant son propre père lorsqu'il démarchait auprès des habitants de sa ville natale, et faisant pour le moment abstraction de l'horreur qu'elle venait de lire, elle agita quelques schémas sous les yeux de la vampiresse :
-Et comme vous pouvez le voir, on ne perd rien. Les déchets sont recyclés en délicieuse nourriture pour démons, que l’on vendra à prix d’or. Boire du sang à même le cou des gens c'est dépassé, cette machine est le bijou qui éradiquera la soif dans le monde!
Lizbeth la dévisageait. Stella ne savait pas si son baratin avait eut l'effet escompté. Mieux valait ne pas laisser à son interlocutrice le temps de se rendre compte qu'elle ne savait absolument pas de quoi elle parlait. Elle se rua sur la porte du bureau et l'ouvrit bien grand.
-Et maintenant allons voir ce que cette merveille peut faire avec...
Elle jeta un bref coup d'œil au schéma, et glapit, horrifiée:
-... 150 personnes à la fois !
Stella reposa les feuilles sous le regard impénétrable de la vampiresse. Les deux femmes se dévisagèrent. Stella déglutit. Il lui était de plus en plus difficile de garder son sang froid. Deux volutes de fumée glacée enserraient toujours ses chevilles: le Nécromancien se tenait devant elle, raide comme un piquet. Elle avait l'impression qu'il la regardait avec insistance, bien qu'il lui fut impossible de distinguer ses yeux. Elle frissonna. Enfin, la sentence tomba :
-Pas mal, décida Lizbeth en se levant. Starblood a besoin de personnes comme toi. Allons-y.
Elle sortit, son nécromancien sur les talons.
Stella poussa un soupir de soulagement.
Alors qu'elle allait rejoindre la vampiresse, elle surveilla une dernière fois ses arrières. Elle avait l'impression désagréable d'avoir oublié quelque chose. Elle fit donc quelques pas dans la pièce. Le grésillement avait repris de plus belle.
Son regard tomba sur un presse-papier. Elle le prit dans sa main, et le sentit vibrer contre sa paume.
Elle le mit dans sa poche et se figea : un tas de feuilles sous le presse papier avait attiré son attention. Là, juste en face d’elle, gisait la photo d’un homme à lunettes, d’une cinquantaine d’années. Sans comprendre pourquoi, elle sentit qu'elle devait prendre ces documents. Il le fallait.
Elle les saisit et le cœur battant, les enfourna sous sa chemise.
Elle claqua la porte derrière elle et courut pour rejoindre Lizbeth qui ne l’avait pas attendue.


OoOoO

Stella avait suivi Lizbeth à travers un dédale de couloirs exigus qui avait débouché sur une large porte rouillée.
Derrière, la pièce qu’elle découvrit était si grande qu’on ne distinguait pas le plafond. Dans l’obscurité, la seule lumière de la salle provenait d’un petit signal rouge qui désignait la sortie. Et en effet, on avait envie de sortir le plus vite possible.
A peine entré, on se faisait agresser par des langues de plastique glacées qui, fixées sur le cadre de la porte, collaient à la peau. Puis le froid vous sautait au visage et vous engourdissait les membres. On avançait alors pas à pas, sans pouvoir fuir les exhalaisons putrides qui provenaient sans aucun doute des milliers de caisses en bois entreposées là.
Stella sursauta, et ses jambes se figèrent, comme pétrifiées: devant elle se balançaient quelques corps nus exsangues, pendus à des crochets. La jeune femme ne pouvait détacher ses yeux d'eux. Avec une fascination morbide, elle détailla les yeux vitreux des cadavres; leur langue pendante, si grotesque; leur peau si blanche qu'on aurait dit de la porcelaine.
Lizbeth remarqua l'intérêt de Stella, et crut bon de rajouter:
-Certains de mes hommes ont été trop gourmands! Inutile de dire que mon Nécromancien s'est chargés d'eux. Cependant j'espère pouvoir me servir de ce qu'il reste. Comme on dit, il ne faut pas gâcher la nourriture!
Elle partit d'un rire, que Stella jugea détestable.
Elle imagina un instant Maïa suspendue par le cou à un de ces crochets de boucher, puis secoua la tête pour chasser cette horrible idée.
Il ne fallait pas que ça arrive. Elle allait tout faire pour que ça n'arrive pas. Et pour cela, il lui fallait avancer, coûte que coûte.
Stella prit sur elle, et se forca à bouger, malgré ses jambes en coton. Elle suivit la vampiresse et son familier, comme si de rien était.
Finalement, ils accédèrent à un petit escalier en colimaçon qui, au fond de la pièce, semblait descendre dans le ventre de la terre. Ils descendirent et leurs pas résonnèrent sur les marches métalliques, tâchées de sang frais.


0o0o0


C’était une chose de voir l'horreur en schéma sur une feuille de papier.
C'en était une autre de la regarder en face.
La création de StarBlood était une abomination. C'était une cabine métallique aux proportions démesurées. D'énormes tuyaux tressautaient autour d'elle, la raccordant avec d'autres machines plus petites. Chacunes d'entre elles hocquetaient et vomissaient des amas fumants sur des tapis roulants, qui menaient hors de la pièce.
On aurait dit une énorme tarentule de métal, répugnante et nauséabonde, qui gesticulait dans un bain de sang épais. Des centaines de vampires s'affairaient autour d'elle, comme autant d'araignées grouillantes.
Le tout crissait et vrombissait dans un vacarme à peine supportable, mais ne parvenait pas à couvrir totalement les hurlements qui s'en élevaient.
Le coeur au bord des lèvres, Stella détailla avec angoisse le spectacle, et regarda passer avec impuissance des petits tas de cheveux, de tripes, d'os, et de chair.
Un applaudissement la tira de sa torpeur:
-Magnifique! s'exclama Lizbeth, les yeux pétillants. Je veillerais personnellement à ce que César vous augmente!
Stella se tourna vers elle, blanche comme un linge. Lizbeth insista:
-Eh bien, vous ne la lancez pas à plein régime? Où sont les 150 humains?
Stella manqua de vomir sur les chaussures de son interlocutrice. Mais cette dernière ne s'en rendit pas compte: un autre employé StarBlood venait de se prosterner devant elle.
-Ils sont là, Madame! Voyez vous même!
Il désigna un immense tapis roulant que Stella n'avait pas aperçu jusque là, et qui était juste au dessus de la cabine. Une foule d'humains apeurés, pieds et mains liés, s'y tenait.
L'araignée les considérerait avec appétit, de ses huit diodes rouges. Brusquement, sa gueule métallique s'ouvrit, et se mit à les engloutir un par un.
Lizbeth poussa un grognement de satisfaction. Stella tressaillit: Maïa venait d'être happée par la monstrueuse machine.


OoOoO


Maïa atterrit lourdement sur un sol tiède et poisseux. Elle geignit. Sa tête tournait. Machinalement, elle essuya du revers de la main le sable qui s’était agglutiné à ses lèvres. Elle essaya de se relever mais n’y parvint pas.
Elle était dans une sorte de conduit trop étriqué pour permettre le moindre mouvement. Une forte odeur de sang et de rouille rendait l’air irrespirable. Le sol se mit en branle et déplaça Maïa dans les entrailles obscures de la machine.
Quelque chose lui piqua le bras. Malgré ses mains liées, elle essaya de le chasser. Mais dix autres harponnèrent son autre bras. Et bientôt, une nuée d’aiguilles se plantèrent dans ses membres. Alors que son cœur battait de plus en plus fort dans sa poitrine, Maïa hurla. On aspirait son sang sans aucun ménagement.
Elle se débattit comme elle pouvait. Son corps n’était plus que douleur. Autour d’elle, des gens hurlaient. Elle entendait des os craquer. Mais le pire venait d’un crissement inquiétant devant elle et dont elle se rapprochait dangereusement. Il fallait qu’elle sache ce que c’était.
En concentrant le peu de forces qui lui restait, elle se redressa et finit par discerner dans la pénombre l’éclat métallique d’une scie circulaire en action. Elle comprit avec panique que sa malchance avait décidé d’en finir avec elle.
Terrifiée, elle se mit à gesticuler frénétiquement, se cognant contre les parois du conduit. Son corps était brûlant. Elle serra les poings en proie à une douleur aiguë. Elle n’avait jamais eu aussi peur de sa vie.
-Non, non, non… supplia-t-elle.
Elle ferma les yeux.

OoOoO

-NON!
Stella avait hurlé à plein poumon. Elle bouscula Lizbeth, qui tomba à terre, et se rua sur la machine, qui déglutissait des humains désossés dans un râle grinçant.
Elle n'était plus maîtresse d'elle même. Sous le regard effaré des ouvriers, elle fonça droit sur la tête du monstre de métal, et frappa de toutes ses forces sur les diodes qui clignotaient avec fureur.
Le coup résonna dans toute la pièce.
-Espèce d'idiote! Qu'est-ce que tu fais?! hurla Lizbeth derrière elle.
L'alambic se mit à vibrer de façon inquiétante. Et soudain, tout s'emballa. Les boulons se dévissaient, les tapis se désarticulaient, les tuyaux semblaient prêts à se décrocher. La machine vomit un flot de sang et de cadavres exsangues.
Un des vampires se rua sur Stella, tous crocs dehors. Il n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit: il s'embrasa en un clin d'œil, sous le regard surpris de Stella.
Choquée, Lizbeth bondit à l'arrière de la salle.
-Mais qu'est-ce qu'il se...
Une lumière irradiante emplit la pièce, et tous détournèrent le regard. Puis, un souffle brûlant parcourut l'assemblée. Hurlant et courant vers la sortie, les vampires tombaient tous en cendres les uns après les autres. Lizbeth écarquilla les yeux, figée sur place.
Son Nécromancien encapuchonné la serra dans ses bras squelettiques. Ils disparurent tous deux dans une volute de fumée.


OoOoO


La lumière meurtrière avait projeté Stella en arrière, la plaquant contre un mur, mais la laissant indemne. Quelques secondes plus tard, elle se releva, les muscles noués, dans les lieux plongés dans le noir. Elle ne comprenait rien à ce qui venait de se passer.
Alors que ses yeux s’habituaient à la pénombre, elle distingua la carcasse de la machine, dont les lourds tuyaux gisaient au sol, encore agités de soubresauts. Une odeur âcre la saisit à la gorge. Elle reçut quelque chose de chaud sur le front, et y porta la main. C’était du sang. Elle essaya de faire un pas en arrière mais ses jambes étaient paralysées par l’angoisse.
Devant elle s’étendait une mélasse rougeâtre et fumante, qu’elle identifia comme étant des morceaux de chair. Au milieu de cette boucherie trônait Maïa. La malheureuse, ensanglantée, grelottait des pieds à la tête, le regard vide. Stella se précipita sur elle.
-Aide…moi… lui murmura-t-elle avant de s’évanouir.
Stella la prit dans ses bras et quitta la pièce le plus vite possible.
Elle ne remarqua pas que non loin, un nuage de fumée pourpre avait commencé à se former au sol…

OoOoO
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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 24 Juin 2010, 04:52

Chapitre 3 :
Debris, Decombres et Desolation


Aux abords de l’usine, bercé par le roulis continu de la machine, le musculeux vampire noir qui faisait le guet bailla.
Il n'avait pas envie d'être dehors, à se les geler, pendant que les autres s'amusaient à l'intérieur. C'était la première fois que M'dame Lizbeth, sa maîtresse adorée, assistait à la représentation de sa nouvelle machine, et il ne serait même pas là pour voir son visage s'illuminer. Alors qu'il avait fait le voyage depuis le Kansas avec elle, rien que pour ça!
Il soupira, frustré. Il avait fait de nombreuses fois le tour de la bâtisse, et n'avait rien remarqué. Ce qui était normal, vu qu'il n'y avait rien à remarquer. Personne ne venait jamais ici.
Il souffla à nouveau, et leva les yeux au ciel.
-Oh! Y'a la Grande Ourse! Et la Petite Ourse! Et même la Moyenne Ourse… dit-il rêveur.
Les lueurs dans le ciel étaient si belles qu’elles apaisaient un peu sa déception.
Il y eut comme une déflagration sourde et le sol se mit à trembler sous ses pieds. Le vampire bondit : le spectacle avait commencé ! S'il ne restait pas dehors à s'ennuyer, personne ne s'en rendrait compte...
N’y tenant plus, il se rua à l’extérieur et se précipita dans les couloirs. Il passa devant une employée qui portait un paquet ensanglanté sur son dos, manqua de la bousculer et dévala quatre à quatre les marches de l’escalier qui menait à la salle des machines.
-J’espère que M’dame Lizbeth a apprécié! Sinon, elle ne sera pas contente ! dit-il d’une voix inquiète.

OoOoO

Stella, les cheveux ébouriffés, courait dans les couloirs de l'abattoir pour trouver une sortie, Maïa jetée sur son épaule. A sa grande horreur, elle croisa le grand vampire noir qui avait enlevé Maïa, mais il était tellement pressé qu'il ne sembla pas la reconnaître. Elle comprit que c'était grâce à la veste qu'elle avait volé plus tôt au vieil homme, et se remercia intérieurement d'avoir eu un tel coup de génie.
Enfin, elle jaillit hors du bâtiment, et stoppa un instant, désorientée.
Elle ne savait pas où elle était, ni comment sortir d'ici. Et il y avait peut-être encore des vampires dans les parages, des vampires qui ne se laisseraient pas abuser longtemps par un déguisement aussi simple !
Elle sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine, et souffla fort pour essayer de se calmer.
Ce n'était pas le moment de paniquer. Il fallait qu'elle parte le plus loin possible, et qu'elle trouve de quoi soigner Maïa.
Un camion semi-remorque, garé devant elle, semblait l'attendre. C'était exactement ce qui lui fallait.
Elle courut vers l'engin, et s'aperçut avec soulagement que les portières étaient ouvertes. Elle déposa avec douceur Maïa sur la banquette.
Il n'y avait aucune trace des clés de contact.
Heureusement, ses mauvaises fréquentations d'adolescente lui avaient appris à démarrer une voiture sans en avoir les clés.
D'une main encore tremblante, elle arracha les câbles derrière le contacteur.
Après les avoir jaugé quelques secondes, elle joignit deux des fils, ferma les yeux, et pria pour entendre le moteur réagir.

OoOoO

Le vampire laissa échapper un cri de stupeur : la salle des machines, étrangement déserte, avait été ravagée. Des gerbes de sang éclaboussaient les murs. Des éclats de métal et de la bouillie de chair se mêlaient sur le sol. Mais surtout, la belle machine que ses copains avaient mis des mois et des mois à construire était toute sans dessus dessous. C’était du vrai gâchis !
-Le spectacle est déjà fini? demanda-t-il.
Sa voix résonna un moment dans la pièce vidée.
-Hugo! Espèce d'imbécile! Cracha quelqu'un.
Hugo se retourna lentement, et sourit:
-M'dame Lizbeth!
Lizbeth finit de s'épousseter alors que des volutes de fumée tournoyaient encore autour d'elle. Son Nécromancien se tenait auprès d'elle, raide comme un piquet. Hugo ne l’aimait pas beaucoup, cet empêcheur de tourner en rond qui les tuait tous comme des mouches. Il se pencha vers sa maîtresse :
-Vous allez bien M'dame?
Furibonde, Lizbeth bondit sur lui et le saisit à la gorge.
-Une sale petite garce a tout fait sauter, siffla-t-elle. Elle vient de sortir. Elle ne doit pas être loin.
-Une… garce ?
-TROUVE-LA! MAINTENANT! hurla Lizbeth. ET RAMENE-LA MOI! JE VEUX LUI FAIRE PAYER CETTE CATASTROPHE PERSONNELLEMENT!
Hugo déglutit : il n'avait jamais vu M'dame Lizbeth dans un état pareil. Ses yeux injectés de sang semblaient lancer des éclairs et sa bouche se tordait comme celle d'un molosse prêt à attaquer. Elle lâcha son sous-fifre, et tapa du pied:
-Nécromancien! On retourne au Kansas! DE SUITE!
Hugo toussa tandis que la vampiresse et son démon disparaissaient dans un épais nuage rouge. Un crissement de pneus lui fit redresser la tête:
-Le camion!
Il se rua au dehors, mais trop tard. Le semi-remorque de l'entreprise s'éloignait à l'horizon. Il grogna. La belle soirée qu'il avait mis des mois à préparer était ruinée. Maintenant, il était vraiment en colère. Il donna un coup de poing dans le mur de la bâtisse et y laissa un trou béant.

OoOoO

Il était minuit passé, et le camion filait à vive allure, au hasard, à travers le désert.
Des larmes coulaient le long du visage de Stella.
Elle n'était pas à son aise. La cabine du véhicule, immense et molletonnée, lui donnait l'impression d'être toute petite. Et les horreurs qu’elle avait vécu ce soir se bousculaient dans sa tête.
-Je t’avais dit que je portais la poisse… fit une voix faible à côté d’elle.
Maïa qui gisait sur la couchette, le corps couvert de blessures, s’était réveillée. Elle tenta de lui sourire, mais ne parvint qu’à grimacer.
-Est-ce que ça va aller ? demanda Stella, anxieuse.
-Pour quelqu'un qui devait finir en pâté pour vampires, pas si mal que ça... gémit Maïa.
Elle déchira un pan de son T-shirt, et entreprit de nettoyer les plaies ensanglantées qui lacéraient ses bras et ses cuisses.
-Et toi?
Stella ne répondit pas tout de suite. Elle soupira, honteuse:
-Je suis désolée de m'être enfuie. J'ai... paniqué. J'ai comme qui dirait la phobie des vampires.
Maïa haussa les épaules :
-L'important, c'est que tu sois revenue. Sans toi, je serais morte.
-C'était la moindre des choses, après t'avoir laissé avec ces monstres! Tout le monde aurait fait pareil.
Maïa, qui appuyait sur une de ses blessures pour en stopper le saignement, répliqua aussitôt:
-Crois-moi, pour l'avoir vécu maintes et maintes fois: non. Personne n'aurait fait ça.
Les yeux de Stella se perdirent dans le vague. Elle essayait de penser à quelque chose d'agréable, mais la vision des cadavres exsangues, et des tripes encore fumantes lui revenait sans cesse en mémoire. Elle frissonna de dégoût.
Maïa se mit à grelotter. Il était évident qu'elle souffrait le martyr. Pourtant, elle ne voulait rien laisser paraître.
-Comment m'as-tu sortie de là?
-J'ai rien fait, trancha la conductrice. La machine a explosé, et tout le monde est mort.
Pour détendre l'atmosphère, Maïa tenta de plaisanter d'une voix à peine audible:
-J'espère que tu as raison, parce que si ce n'est pas le cas... ils auront définitivement une canine contre nous.
Ne relevant pas la blague, Stella se rappela avec horreur le mastodonte qu'elle avait croisé en s'enfuyant.
Maïa scruta le visage de sa camarade. Elle comprit aussitôt:
-Et zut... Et ce camion, d'où il vient?
-Je l'ai volé.
-Aux vampires?!
Stella préféra se taire.
Après avoir réfléchi quelques secondes, Maïa lança, les yeux écarquillés:
-Bon, ben... on va accélérer, hein?
Elle eut un frisson terrible, qui lui flanqua la chair de poule.
-T'es sûre que ça va? S’alarma Stella.
-J'ai très froid, fit Maïa d'une toute petite voix.
Stella enleva sa veste StarBlood et lui tendit.
Un tas de feuilles tomba aux pieds de la métisse. Le cœur de cette dernière fit un bond douloureux dans sa poitrine : là, juste en face d’elle, gisait la photo d’un cinquantenaire à lunettes. Elle se redressa aussitôt :
-Qu’est-ce que c’est?
-Quoi?
Maïa, les yeux comme des soucoupes, saisit les feuilles:
-Ça!
-Je sais pas. Des trucs.
-Où tu les as trouvés?
-Dans l’usine.
-Pourquoi tu les as pris?
-Je sais pas!
-Tu sais ce que ça signifie?
-Oui! Que je suis klepto! Je l’ai toujours été! Et alors?
Maïa se jeta dans ses bras, et le camion fit une embardée hors de la route. Stella redressa le volant en jurant.
-Merci...
Maïa s'adossa à son siège, un peu ragaillardie par la chaleur de la veste. Elle serra la liasse de papiers contre sa poitrine.
-Je le savais, murmura-t-elle. Je le savais depuis le début: tant que tu es avec moi, rien n'est impossible!
Stella freina, et le camion pila au milieu du chemin.
-Écoute, fit-elle calmement, il n'y a pas de toi et moi. Nous ne sommes pas une équipe. Je t'ai sauvée parce que je le devais.
-Mais...
Stella serra les mains autour de son volant:
-J'ai des problèmes pour toute une vie. J'ai pas besoin des tiens en plus. Je nous amène jusqu'à la civilisation. On te soigne. Je vais de mon côté, tu vas du tien. Basta. Je veux plus rien avoir à faire avec toi et ta malchance. Je peux pas me le permettre.
-Mais... j'ai besoin de toi... finit par dire Maïa, comme si c'était une évidence.
-Non, répondit Stella avec douceur, sans quitter des yeux la route. Tu as besoin de parler à quelqu'un de compétent, un flic ou une assistante sociale. T'as des ennuis.
-Je... n'ai pas... d'ennuis...
-Ah oui? Tu foutais quoi alors à moitié nue dans le désert avec des fringues déchirées?
La jeune fille ne répondit rien.
Après quelques secondes, Stella se tourna vers elle.
Sous sa veste maculée de sang, Maïa avait perdu connaissance.

OoOoO

Le néon rose pâle du Salton Sea Motel, perdu au milieu des quelques palmiers de la campagne californienne, éclairait par à coups la chambre que Stella venait de louer.
La jeune femme, une grosse valise à la main, en poussa la porte.
Un homme se tenait au chevet de Maïa. C'était un vieux médecin ridé, proche de la retraite, aux yeux bleus perçant et à la mine bougonne. Il n'était pas très heureux que cette jeune femme l'ait détourné de la thaïlandaise lascive qui l'attendait dans sa chambre, mais le devoir était le devoir.
-Saleté de serment d'Hippocrate, grommelait-il.
Il sursauta en remarquant la présence de Stella, et se releva.
-Ah, vous êtes allée chercher votre valise, mon cœur?
Stella mentit, mal à l'aise:
-Oui... ma valise...
Le médecin hocha la tête d'un air entendu:
-Bien sûr, que c'est vraiment votre valise! Et la Thaïlandaise qui m'accompagne est vraiment ma femme.
Stella coupa court à une conversation qui ne lui plaisait guère:
-Comment va mon amie?
-Votre camarade est anémiée, mais elle vivra. Un peu de nourriture et beaucoup de repos lui feront le plus grand bien. Ah oui, et ça aussi.
Il fourra dans la main de Stella quelques pilules colorées. Cette dernière fronça les sourcils:
-C'est quoi comme médicament?
L'homme lui fit un clin d'œil en sortant:
-Qui vous a dit que c'était un médicament?
Il claqua la porte derrière lui.
Dans le doute, Stella partit aussitôt balancer les cachets dans les toilettes.
Elle entendit une petite voix l'appeler, et retourna dans la chambre voir si Maïa allait mieux. Cette dernière, toute pâle, considérait avec attention les bandages qui couvraient ses entailles.
-Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle.
Stella s'assit sur le bord du lit.
-J’ai roulé le plus vite possible jusqu’à trouver cet hôtel. Il y avait un médecin, enfin, j’espère bien qu’il l’était, qui a bien voulu te soigner.
Maïa hocha la tête:
-Et tu n'en as pas profité pour partir?
Stella éluda la question. Elle ramena vers elle la valise volée, et l'ouvrit.
Heureusement pour elle, le bagage appartenait à une femme. Elle se mit à farfouiller parmi les robes, les strings à pois et les tubes de vernis pailletés qui étaient empilés sans ordre à l'intérieur.
-Je nous ai trouvé des vêtements propres!
Elle tendit une belle robe en dentelles blanches à la convalescente.
Celle-ci se leva tant bien que mal. Puis, elle se déshabilla et entreprit de faire un semblant de toilette au dessus de l'évier de la chambre.
Elle s'ébroua dans son plus simple appareil, de la mousse de distributeur de savon plein les cheveux.
Devant l'air étonné de Stella, elle s'exclama:
-Mais quelle pudeur! Je n’ai rien que tu n’aies pas déjà !
Elle se retourna pour rincer ses cheveux. Stella tiqua : une longue colonne de cicatrices rouges et boursouflées partait de la nuque de la jeune fille et descendait le long de son dos jusqu’au bas de ses reins. On aurait cru des gravures dans un alphabet que Stella ne connaissait pas.
Je n’ai pas ça, moi…pensa-t-elle.
La question qu'elle avait sur le bout des lèvres lui échappa:
-Comment tu t'es fait ça?
-Quoi donc?
-Ces cicatrices, dans ton dos...
Maïa haussa les épaules. Elle enfila la robe.
Une fois nettoyée et bien habillée, on aurait dit une autre personne. Elle avait une peau miel clair, caractéristique des enfants de métis, et des yeux en amande. Sur le haut de sa pommette, Stella remarqua un grain de beauté, qu'elle n'avait jamais vu sous la couche de saleté.
Son nez légèrement retroussé et sa bouche mutine lui donnait l'air plus jeune qu'elle ne l'était. Elle devait avoir une vingtaine d'années.
Heureuse d'être enfin propre, elle tournoya sur elle-même et fit bouffer le jupon de sa nouvelle tenue. Mais l'effort était prématuré: elle se plia en deux sous l’effet de la douleur, et partit se recoucher en titubant.
Résignée à rester au calme, elle passa en revue les lieux à la recherche de quelque chose :
-Où sont les documents ? Finit-elle par demander.
Stella lui tendit une liasse de feuille qui était posée sur sa table de chevet, et Maïa s’en saisit, les yeux brillants. Elle tendit la main vers la photo qu'elle avait vue auparavant, et qui se tenait au sommet des feuillets.
Elle la serra contre elle. Les larmes aux yeux, elle sourit.
-Pourquoi est-ce que tu tiens tant à ces trucs? demanda Stella.
Maïa ne répondit pas tout de suite, cherchant visiblement ses mots. Finalement, elle se décida à parler:
-Ce n'était pas un hasard si l'on s'est croisées au milieu du désert aujourd'hui.
Elle fit une pause, hésitant à en dire plus.
-Qu'est-ce que tu veux dire? fit Stella, surprise.
Maïa leva les yeux vers elle.
-Je t'attendais.

OoOoO

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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 24 Juin 2010, 04:55

Interdite, Stella dévisageait Maïa.
Cette dernière tordait ses mains, mal à l'aise. Elle reprit la parole:
-J'étais au beau milieu du désert parce que je devais y être.
-Qu'est-ce que tu racontes?
-Quelque chose me disait que je devais être là-bas ce jour-là, c'est tout. Alors j'y suis allée. J'ai suivi la ligne jaune de la route pendant des jours. Et j'ai attendu. Et tu es venue.
Stella leva un sourcil:
-Tu sais que tu commences à me faire flipper là?
Maïa soupira:
-Je me suis réveillée un jour dans un bunker au milieu de nulle part. Je ne savais pas qui j'étais, je ne savais pas ce que je faisais là. Tout ce que je savais c'est que l'on m'attendait quelque part, et que j'étais loin de la maison.
Elle fit une pause. Stella ne savait pas quoi penser.
-J'avais ce visage en tête, chaque soir, dans mes rêves, reprit la jeune fille. Le visage d'un homme mûr, avec des lunettes, qui m'appelait par mon prénom. Je ne rêvais que de ça. Il fallait que je le trouve.
Stella regarda Maïa avec attention. Elle ne mentait pas.
-Je ne savais pas comment faire, ni par où commencer alors je me suis fiée à mon intuition. J'ai marché. Longtemps. Mais je n'ai jamais trouvé. Et un jour, je me suis levée avec la certitude que je devais aller là où tu m'as prise en stop. Ça parait fou, je sais... mais je ne peux te l'expliquer autrement. Alors je l'ai fais, j'y suis allée. Et tu es venue.
Maïa sortit une photo du tas de documents volés.
-Et le soir même, je retrouve avec toi la trace de l'homme à lunettes. Ça doit bien vouloir dire quelque chose, non?
Elle leva un regard assuré vers Stella. Cette dernière ne savait que répondre.
-Et ça fait combien de temps que tu cherches cette personne?
Une ombre passa sur le visage de Maïa.
-Quatre… finit-elle par prononcer.
-Quatre jours?
-Non. Quatre ans.
Le silence retomba. Stella, sans voix, considérait la jeune fille, qui reprit:
-Je me rappelle très bien du jour où j'ai rouvert les yeux. C'était le 2 janvier 2003. Je ne l'oublierai jamais.
Stella eut l'impression qu'on lui donnait un coup de poignard en plein ventre.
Elle se leva brusquement, incapable de dire un mot et quitta la pièce.

OoOoO

Stella fit quelques pas au dehors.
Le 2 Janvier 2003. La coïncidence était cruelle. Cette date, elle non plus ne l'oublierait jamais. Son ventre était si noué que même la brise fraîche de cette nuit d'automne ne lui faisait aucun bien.
Le gérant de l’hôtel, le jeune californien typique, blond, hâlé et en T-shirt de surf, s’approcha d’elle.
-Belle soirée !
Stella hocha la tête, encore secouée par ce qu'elle venait d'entendre.
-Je m'appelle Shane, fit l'homme.
Il n'eut aucune réponse. Mais il insista néanmoins:
-Dites... Vous auriez pas vu un portefeuille par hasard? Je crois que j'ai perdu le mien dans le hall...
Stella plaqua furtivement sa main sur la poche arrière de son jean.
-Non, fit-elle.
Le gérant, préoccupé, s'assit sous le porche, et porta une cigarette à ses lèvres.
-Vous m'offririez une clope ? Tenta Stella à tout hasard.
Le jeune homme lui tendit son paquet. Stella se servit, et s'assit à côté de lui.
Ils fumèrent en silence, regardant les rares voitures qui roulaient encore à cette heure tardive.
- Vous n’avez pas l'air bien. Tout est ok? finit par demander Shane.
Stella fronça les sourcils:
-En roulant, je me suis perdue. Vous savez pas comment on va à Sunnydale par hasard ?
L'homme fit des ronds de fumée.
-Sunnydale? Ça n'existe plus, non?
Stella se figea:
-Comment ça, ça n'existe plus?! bredouilla-t-elle.
-La ville s'est effondrée sur elle-même, il y a bien quatre ans. Un désastre. On a tous cru qu'une météorite s'était abattue dessus plusieurs fois.
Stella se leva:
-C'est par où?
-Mais y'a plus rien à voir, je vous dis! La moitié de la ville est morte ensevelie!
Devant l'air déterminé de son interlocutrice, il pointa le doigt droit devant lui:
-C'est à 15 minutes vers le Nord. Vous ne pouvez pas la rater.
Stella bondit dans son camion et démarra en trombe.

OoOoO

Stella appuya sur l'accélérateur pour tenter de pousser le véhicule au maximum, en vain.
Tous ses espoirs étaient en train de s'effondrer.
Ces trois derniers jours, il ne lui avait tardé qu'une chose: en finir avec ce voyage, parler avec son cousin Warren, et connaître sa réponse.
Mais maintenant...
La ligne jaune qui séparait la route en deux défilait sous ses yeux. Dans le noir, elle était son seul guide. Perdue dans ses pensées affolées, Stella ne remarqua pas tout de suite qu'elle avait disparu.
Brusquement, elle freina de toutes ses forces en jurant. Le camion dérapa, patina, et finit par s'arrêter.
Un peu choquée, la conductrice regardait droit devant elle, tremblante. Elle ne distinguait rien hormis le paysage désertique, mal éclairé par les phares du camion.
Finalement, une fois son cœur calmé, elle sauta hors du véhicule et s'enfonça dans la pénombre. Son pied glissa et, manquant de tomber, elle se rattrapa tant bien que mal.
Elle plissa les yeux, tentant d'apercevoir le paysage devant elle.
De surprise, elle écarquilla les yeux: le camion était à dix centimètres d'un gouffre béant.

OoOoO

Sunnydale n’était plus qu’un gigantesque cratère.
Tout n’était plus que débris, décombres et désolation qui s’étendaient à perte de vue dans le silence le plus complet. Un quartier de lune qui émergeait faiblement des ténèbres environnantes n’éclairait qu’en partie les ruines, comme pour dessiner la mince frontière entre la Terre et l’Enfer.
-Qu'est ce qui s'est passé? murmura Stella, qui ne pouvait détacher ses yeux du carnage.
Une larme glissa sur sa joue.
Qu'était-il arrivé à son cousin Warren?
Qu'était-il arrivé à Sunnydale?
Pouvait-on survivre à une catastrophe de cette ampleur?
Elle secoua la tête.
Qu'allait-elle faire d'elle-même maintenant?
Elle s'assit par terre, regardant tristement le site ravagé.
C'était terminé.
Elle n'avait plus rien. Elle n'avait plus d'espoir.
Elle ne pouvait pas rentrer chez elle. Elle ne savait plus où aller.
Elle serra les poings. Elle aurait du le savoir. Elle avait merdé. Et maintenant, elle n'avait plus rien.
Elle n'avait plus Hope.
Plus rien ne serait plus comme avant. Hope était morte.
Des larmes coulèrent en silence sur ses joues. Elle plongea sa tête entre ses genoux espérant étouffer le bruit. Mais elle n'y parvint pas: elle se mit à sangloter. Hope était morte.
Stella pleura durant de longues minutes, sans parvenir à se maîtriser.
Finalement, d'un pas chancelant, elle regagna la cabine du camion, qui s'ébranla.
Au fond du cratère, un petit caillou roula du sommet d’un monticule de pierre.


OoOoO

Stella remonta lentement les marches qui l’amenait jusqu’à sa chambre. Quelques lumières seulement brillaient encore dans l’hôtel endormi. Elle tourna le loquet et se posa lourdement sur son lit.
Cette journée l’avait épuisée plus qu’aucune autre. Ces dernières années, elle en avait pourtant souvent rêvé. Elle avait imaginé pendant de longues heures son escapade, la voiture qu’elle prendrait, la route qui défilerait sous ses yeux et au bout du voyage, l’assurance quasi certaine d’une vie nouvelle. Une vie où elle ne pourrait peut-être pas tout effacer de ses erreurs, mais une vie malgré tout. Pas l’interminable parenthèse où on l’avait jetée.
-Tu es allée à Sunnydale, fit la voix douce de Maïa.
Les yeux de la métisse l’observaient depuis le lit d’en face, sous le duvet bas de gamme de l’hôtel. Stella ne parvint pas à saisir s’il s’agissait d’une interrogation ou d’une affirmation. Malgré tout, elle acquiesça.
-Tu as trouvé ce que tu cherchais ?
Stella hésita un instant. Finalement, elle prit la parole :
-Il n’y avait plus rien, la ville a été détruite. Tout le monde est mort.
Maïa se redressa doucement, la regardant avec peine.
-Tu avais de la famille là-bas... bégaya-t-elle.
Une larme glissa sur la joue de Stella. Maïa se leva aussitôt. Elle s’assit à côté d’elle, l’entoura de ses bras et posa la tête sur son épaule :
-Je suis désolée...
Stella était touchée : on ne l’avait pas consolée depuis longtemps. Elle rompit le silence.
-Tu sais où tu vas aller, maintenant?
L'adolescente, qui avait relâché son étreinte, regarda droit devant elle, confiante. Elle sourit faiblement:
-Bien sûr : je rentre chez moi. Quelqu’un m’attends là-bas… depuis trop longtemps, d’ailleurs.
Stella la regardait sourire.
Étrangement, elle se sentait apaisée par la sérénité de cette jeune fille. Elle l'enviait.
Une idée nouvelle germa dans sa tête. Maintenant que l’heure des adieux était proche, elle n’avait pas envie de se séparer de la seule personne gentille avec elle.
Et cette fille avait besoin d’aide. Elle avait même dit qu’elle avait besoin d’elle. A cette heure de la nuit, cette idée ne semblait plus aussi dingue qu’avant.
Stella réfléchit.
Si elle ne pouvait pas reprendre sa vie d’avant, cela ne l’empêchait pas de faire quelque chose de bien.
Elle se releva:
-Il y avait quelque chose, dans les papiers volés, qui nous permettrait de retrouver l'homme à lunettes?
Maïa leva la tête vers elle :
-Tu vas m'aider?
Stella acquiesça:
-Je ne sais pas pourquoi, mais je sens qu'ensemble, on peut y arriver.
Elle tendit sa main à son amie, et l'aida à se relever. Maïa la dévisagea. On aurait cru qu’elle avait peur qu’elle change d’avis. Mais Stella lui rendit un regard plein de confiance, qui la rassura.
-Merci, bafouilla la métisse, ouvrant de grands yeux noirs et étonnés. Tu ne peux pas imaginer à quel point ça compte pour moi.
Stella lui sourit.
Maïa se jeta dans ses bras et Stella la serra contre elle, lui murmurant quelques mots réconfortants.
Elle qui avait tout fait pour éviter les gens s’ouvrait pour une fois à quelqu’un. Le plus étrange dans cette situation était surement que ça ne lui semblait pas étrange du tout. Au contraire, ça lui semblait familier. Elle avait vraiment l’impression de connaître cette fille depuis toujours.
Finalement, Maïa releva la tête, et la remercia à nouveau. Puis, revigorée, elle courut jusqu'à son lit pour y regarder les feuilles.
Stella se rapprocha, et elles épluchèrent les documents, à la recherche d'indices.
Les feuillets étaient dans un désordre indescriptible. Il y était question d’une usine en Italie, ravagée à ce qu’il semblait par un groupuscule ennemi.
-Le désastre de San Gimigniano, murmura Stella.
-Ca te dit quelque chose ?
Stella raconta à Maïa la conversation qu’elle avait surprise entre la vampiresse qu’elle avait bernée et ce qui devait être son chef.
-Si je comprends bien, cela veut dire que l’homme à lunettes est quelqu’un de bien, argua la métisse, réconfortée par ce détail.
-Tu en doutais ?
Maïa réfléchit un peu :
-Etrangement, non, finit-elle par répondre. Et pourtant j’en ai vu de belles.
Stella continua à feuilleter les documents. Il y avait un certain nombre de photos. L’homme à lunettes semblait avoir pas mal de relations.
Deux hommes revenaient souvent sur les images. L’un était blond, et avait de grands yeux bleus et cernés. En voilà un qui ne devait pas dormir très souvent. L’autre était noir et chauve, mais avait l’air plus détendu. Ce dernier apparaissait en grande conversation avec l’homme à lunettes sur un instantané où étaient griffonnés quelques mots.
Stella les pointa du doigt:
-J’ai trouvé quelque chose.
Maïa lut:
-Charles Gunn. Angel Investigations. Los Angeles.
-C’est par là que tu veux commencer ?
Maïa hocha la tête en souriant, sans quitter du regard l’adresse.

OoOoO
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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 26 Aoû 2010, 15:09

Chapitre 4:
La cite des Anges Dechus



La cathédrale semblait n’avoir jamais vu la lumière du jour.
Ses murs de granit noir, épais et démesurés, jaillissaient du sol pour s’élancer majestueusement vers un plafond si haut que, dans la pénombre, on ne pouvait le distinguer. Des croix de sang séché, têtes vers le bas, les enduisaient, séparant d’impressionnantes iconographies sataniques.
Sur l’une d’elle, sous la lueur d’une lune ronde et blafarde, des femmes nues aux cheveux sinueux s’ébattaient avec des diables cornus. Le cercle de feu qui les entourait, éclairé par la faible lueur de la pièce, paraissait comme réel.
La lumière, diffuse, provenait de sept candélabres noirs. Plusieurs vampires se recueillaient devant, tétanisés.
La voix glacée de leur seigneur résonna dans la nef:
-Est-ce vrai ?
C'était une voix inhumaine, déformée par les ans, dont les accents monocordes ôtaient à chacun l'envie de vivre.
Agenouillée dos à l’assemblée, Lizbeth, pétrifiée, se garda de relever les yeux. Elle n'avait jamais entendu quelque chose de plus horrible que cette voix.
-Oui, César, lâcha-t-elle enfin au prix d’un terrible effort.
-Tout a été détruit ? Il ne reste plus rien ?
-Malheureusement non. Rien ni personne.
-Je me moque des personnes !
La phrase siffla aux oreilles de tous, écorchant leurs tympans.
-Tu m’avais promis des résultats incomparables avec cette machine. Des résultats qui auraient assis mon autorité pour les siècles suivants. Tu as failli à cette promesse, Lizbeth.
La vampiresse luttait contre les larmes brûlantes qui troublait sa vue.
-Cette promesse tient encore, César. Tu auras cette machine. Dussé-je mourir en la construisant!
Chacun dans l’assemblée frémit. Il ne valait mieux pas contredire César.
Dans la pénombre, ce dernier lui fit signe d'approcher.
Il saisit le visage de Lizbeth dans ses griffes et son regard plongea un instant dans les siens.
Mais la vampiresse ne voyait rien d'autre que l'éclat ivoire du masque qu'il portait. C’était un faciès au rictus grimaçant et aux yeux tombants, ceux-là même que l’on pouvait voir sur les visages affligés des tragédiens grecs.
Le reste du corps de César se fondait dans les ténèbres.
Il prit la parole :
-Je sais que tu tiendras cette promesse.
Sa main pressa plus fort le visage qu’elle tenait. Lizbeth savait que cette main seule suffisait à lui broyer la mâchoire. Finalement, César desserra son étreinte et lui fit signe de se partir. Lizbeth s’exécuta aussitôt en titubant. Une marque violacée se formait déjà sur ses joues...

OoOoO

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà.
Le périphérique de Los Angeles, juché sur ses colonnes de béton, serpentait entre les quartiers riches et les quartiers pauvres de la ville. Les baraquements modestement éclairés et grouillants d’âmes solitaires faisaient pâle figure face aux scintillantes tours de verre et d’acier.
Aux commandes du semi-remorque, Stella fixait la route sans même jeter un regard au paysage qui défilait.
Crinière emmêlée, muscles tendus, elle tapotait sur le volant de ses doigts nerveux. Ses yeux noisette aux reflets dorés brillaient d'un éclat inquiet. La nuit d'avant avait été agitée, et quelque chose en son for intérieur ne cessait de lui murmurer que ce n'était que le début.
Maïa prenait les choses avec plus de philosophie. Du moins, elle l'espérait. Il fallait dire que, crispée sur son siège, mâchouillant les restes du sandwich du dîner, la métisse n'avait pas l'air bien rassurée.
Au moins, elles avaient pu dormir un peu, même si les deux n'avaient pas arrêté de se réveiller en hurlant.
Maïa rompit le silence:
-Tout le monde le pense, mais moi je le dis: j'ai peur.
Stella n'attendit pas plus longtemps pour partager ses angoisses:
-Pourquoi? Tu crois qu'ils nous en veulent? Tu crois qu'ils nous ont suivies, qu'ils savent exactement où on est? Tu crois qu’il y a un mouchard dans le camion et qu’il nous écharpera dès qu’on fermera l’œil ? Tu crois qu'il attend simplement un faux pas de notre part pour nous sauter dessus et nous étriper?
-...Je pensais plutôt à la peur de ne jamais trouver ce Mr Charles Gunn, mais maintenant que tu le dis...
Le regard de Maïa se perdit dans le vague.
-Je suis désolée, fit Stella.
-Ne le sois pas. C'est normal de craindre pour sa vie. Mais on ne va pas se laisser faire! Et je te promets que personne ne pourra nous arrêter!
A peine Maïa avait-elle fini sa phrase qu'une sirène de police se fit entendre à côté d'elles. Stella se figea, mortifiée. Sans y croire, elle regarda deux agents en moto lui faire signe de se ranger. Elle obtempéra, tremblante.
-A part eux, lui souffla Maïa, blasée.

OoOoO

Emilio Garcia-Alvarez, policier de Los Angeles depuis sept longues années de bons et loyaux services, scrutait la conductrice du camion. Mains crispées sur le volant, celle-ci cachait tant bien que mal son visage derrière sa longue chevelure épaisse.
Il se tourna vers son coéquipier, ce mangeur de beignets chauve et bedonnant qui se prenait pour le shérif de la ville, et lui demanda, plus pour la forme qu'autre chose:
-Conduite de poids lourd sans permis, ni plaque d'immatriculation. Ça va chercher dans les combiens, George?
Le dénommé George grogna, en se dirigeant vers l'arrière du semi-remorque d'un pas mollasson.
Quelque chose se crispa chez la conductrice.
La passagère, une jeune fille à la peau cannelle, s'approcha et se pencha vers Emilio. Elle semblait à peine sortie de l'adolescence, mais malgré ça une sorte d'autorité émanait d'elle. Elle sourit de toutes ses dents:
-Je ne crois pas qu’on soit ce qu’il vous faut, fit-elle d'une voix assurée. Cela dit, un peu plus à l’Est, il y a un groupe de campeurs bien dodus auxquels vous pourrez donner toutes les amendes que vous voulez!
Son amie la regarda avec effarement, ce à quoi la métisse répliqua:
-Bah quoi?
Emilio secoua la tête. Des droguées. Il en voyait tous les jours.
-Allez, sortez du véhicule.
Il releva ses lunettes de moto, et regarda la conductrice bondir d'un pas souple à terre. Caucasienne, environ 1m75, 60 kg, des muscles fins mais puissants. Cette femme féminine et racée était tout à fait son genre. Il prit son temps pour la détailler. Par simple conscience professionnelle, bien sûr.
Le front était large, les traits fins, le nez droit, le regard farouche. Une belle brune aux yeux dorés, en somme. Elle n'avait pas vraiment le profil type d'un trafiquant, mais il ne fallait jamais se fier à ce genre de détails.
Il posa les yeux sur la jeune droguée. Dieu que c'était triste de sombrer si jeune. C'était une quarteronne, 1m65, amaigrie par les excès, pas vilaine, mais couvertes de piqûres et de scarifications. Un vrai danger public au nez retroussé, et aux yeux cernés.
Toutes deux avaient dans le regard un je ne sais quoi qui le mettait mal à l'aise, comme si elles venaient de refermer la porte de l'enfer et se trouvaient encore sur le perron.
Emilio secoua la tête pour chasser ses idées étranges, et tira son calepin de sa poche.
-Veuillez décliner votre identité. Nom de famille?
La conductrice serra les poings:
-Croft.
-Prénom?
-Lara.
Un joli prénom pour une jolie femme. En tant normal, il lui aurait demandé un rendez-vous. Mais rien n'était jamais normal dans cette ville de barge.
La métisse le fixa droit dans les yeux:
-Vous êtes sûr que vous ne vous voulez pas aller voir les campeurs?
Emilio sentit son malaise s'accentuer. Mieux valait vérifier pourquoi George s'attardait autant. Une pleine cargaison de donuts avait du le détourner de son devoir. Encore.
-George? Qu'est-ce que tu fous?
Personne ne répondit.
-George?! insista-t-il.
Les deux filles se jetèrent un regard inquiet. Spontanément, elles se prirent la main.
Emilio soupira, et partit vérifier l'arrière du semi-remorque. Il sursauta: la tête décapité de son coéquipier, yeux révulsés et bouche tordue, se tenait à ses pieds.
La main d’Emilio tâtonna jusqu'à son arme. Il se retourna lentement, et fit face à l'intérieur du camion.
-Il y a quelqu'un? bredouilla-t-il.
Une voix gutturale lui répondit aussitôt:
-Oui.
Emilio hurla à s'en arracher les poumons.

OoOoO

Un cri affreux siffla aux oreilles des filles. Mais heureusement, elles n'avaient pas attendu de l'entendre pour déguerpir. La ligne jaune du périphérique défilait sous les yeux de Stella, qui courait sur le bas côté de la route.
Maïa peinait à la suivre.
-Je n'en peux plus! haleta-t-elle. Tu vas trop vite!
Elle lâcha la main de Stella.
-Hors de question de s'arrêter! hurla cette dernière. T'as entendu ça? Quelque chose a tué ce flic! Quelque chose qui nous veut nous!
Elle fonça droit sur Maïa, et la souleva dans ses bras. Puis, enjambant la rambarde de sécurité, elle bondit dans le vide sous l'œil stupéfait de son amie...

OoOoO

Tel un félin, Stella atterrit sur ses pieds quelques mètres plus bas.
-Wow! Fit Maïa, soufflée, dans ses bras. Mais comment tu as fait ça ?
Stella la posa, et les deux filles s'enfuirent sous le regard surpris d'un mendiant aviné.
Elles coururent longtemps, au hasard, jusqu'à une ruelle, où, s'adossant à un mur, elles reprirent leur souffle.
Pendant que Maïa respirait à grande bouffée, Stella détailla la ruelle sordide dans laquelle elles se trouvaient. Il n'y avait personne aux alentours.
Los Angeles était très différente de l’idée qu’elle s’était faite en regardant les films de son adolescence. Les trottoirs, sales et gris, n’étaient pas pavés, mais constellés de vieux mégots, d’étrons défraîchis, de flaques huileuses que la jeune femme considéra en grimaçant.
Il n’y avait pas non plus de somptueuses villas, mais de vieilles baraques aux murs délavés. La seule décoration dont pouvaient se targuer les lieux consistait en des amas de graffitis obscènes aux couleurs dépareillées.
Pas d’allées étoilées. Pas de mer azur. Et où étaient donc les fameuses lettres « Hollywood » ?
-Cette ville est immense, fit Maïa, désespérée. Comment va-t-on retrouver Charles Gunn là dedans?
Stella la plaqua contre le mur.
-Qu’est-ce qu’il y a ?
-Des vampires.
Un groupe de motards à la gueule barbouillée de sang frais se rapprochait dangereusement. Le quartier où elles avaient échoué était loin d’être recommandable.
-En deux jours, j’en ai vu plus qu’en toute ma vie! souffla Stella. Tu les attires ou quoi ?
Maïa plissa les yeux.
-Hey, j’y suis pour rien si j’ai du charisme !
Stella lui fit signe de se taire. Elles se faufilèrent et se tassèrent derrière des conteneurs d’ordures odorantes et prièrent pour passer inaperçues.
-Hey ! fit l’un des monstres.
Il se précipita droit devant lui et stoppa à quelques pas des deux filles.
-T’as repéré quelqu’un à se mettre sous la dent ? grogna un autre en se rapprochant.
-Non, regarde !
Il tendit la main et son bras se dressa à quelques centimètres à peine des yeux horrifiés de Stella. Mais ce n’était pas elle qu’il visait. Il saisit une feuille, placardée au mur.
-Starblood fait circuler un avis de recherche ! lança-t-il après l’avoir lu.
Un des vampires lut par-dessus son épaule.
-Qu’est-ce qu’ils veulent à c’te gonzesse ? Elle est toute guèze ! Ils pourront même pas en tirer un litre !
-On s’en balance de ce qu’ils veulent en faire ! Grogna son acolyte. Z’avez vu le montant de la prime ?
Les vampires émirent un grognement approbateur.
-Si elle est dans le quartier, elle n’a aucune chance, cracha l’un d’eux.
Il chiffonna la feuille et la balança dans la benne. Mais il manqua et elle roula au sol non loin des filles.
-Qu’est-ce qu’on attend alors ? rugit-il.
Les vampires détalèrent en rigolant, motivés par la perspective d’une bonne chasse. Les deux filles restèrent quelques instants en silence, considérant avec panique la feuille froissée à leurs pieds. Le visage livide de Stella y apparaissait en gros plan.

OoOoO

-J’ espère qu’ils ne nous trouverons pas ici, chuchota Stella.
Elle posa son coude sur la table, ce qui manqua de renverser les deux verres d'eau trouble qui étaient dessus. Elles se trouvaient dans un pub dont les vitres étaient si sales qu'il était impossible de voir à l’extérieur. Ce qui ne semblait pas déranger les clients, un groupe d’habitués bruyants qui se jetaient des canettes de bière en s'injuriant.
Maïa, qui épluchait un annuaire aux bords cornés secoua vivement la tête:
-Même un mort-vivant assoiffé de sang ne voudrait pas s’asseoir dans ce bouge.
Stella lui jeta un regard préoccupé :
-Tu trouves le mec qu’on cherche ?
Maïa referma son annuaire.
-Non. Mais ça ne doit pas nous empêcher de prendre un bon et copieux repas.
Stella regarda autour d’elle :
-Bon et copieux, je ne sais pas. Mais un repas quand même.
-T’as de l’argent, j’espère ?
-Non, mais j’ai des jambes.
Maïa rigola. Finalement, elle se pencha vers elle :
- Alors, maintenant que je suis remise de mes émotions, explique-moi.
-Quoi donc?
-Je sais pas, moi. Comment tu as survécu à notre visite au Syndicat des buveurs de sang. Une bonne centaine de vampires et tu t'en sors sans une égratignure. Puis, tu me portes jusque dans un camion, alors que tu as des bras de moineau et que tu pèse à vue de nez quelques malheureux kilos de plus que moi.
Stella voulut répondre mais Maïa la coupa:
-Et vient mon moment préféré. Celui où tu bondis du haut d'un pont et atterrit sur tes pieds comme une fleur. Ça faisait combien de haut à ton avis en termes d'étages? Cinq, six à peu près?
Stella baissa la tête.
- Donc, explique-moi. Tu as avalé les médocs du bon docteur du motel. Ou tu es Supergirl.
Stella détourna le regard. Si elle disait quoi que ce soit, elle perdrait la seule personne qui en avait quelque chose à faire d'elle. Elle la prendrait pour un monstre.
Maïa haussa les épaules.
-C'est ok, ça me va. Parce que moi aussi, j'ai des superpouvoirs.
Stella jeta un coup d’œil à son amie toute couverte de cicatrices. Certes, elle allait mieux que la nuit précédente, mais elle était encore loin d'être en bon état. Cela dit, elle devait admettre qu’elle supportait la douleur comme personne. De là à appeler ça un superpouvoir…
Maïa reprit la parole:
-Ben oui, moi aussi j'en ai. Attirer les ennuis comme moi, faut pas juste être malchanceux, crois-moi. A mon niveau, ça relève plutôt du don.
Stella sourit malgré elle. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle s’attachait de plus en plus à cette fille. Elle sentait qu’elle pouvait lui faire confiance. S’il y avait une personne sur cette planète qui ne la prendrait jamais pour un monstre, c’était bien Maïa. Aussi, Stella prit son courage à deux mains :
-Ca m’est tombé dessus d’un coup…
Elle n’eut pas le temps d’en dire plus : un des serveurs s’était planté devant elles. C'était un pseudo-rocker, aux yeux clairs soulignés de noir, et au visage émacié. Ses cheveux plaqués en arrière étaient tellement peroxydés qu'ils en étaient presque blancs. Il portait un vieux T-shirt noir, un pantalon de cuir noir, des chaussures noires, et même ses ongles étaient peints en noir. La seule chose qui dénotait était son tablier blanc sale, couvert de tâches.
Il porta à ses lèvres une cigarette à moitié entamée, et jeta devant elles une gamelle de haricots rouges tiédis:
-Bon appétit, grinça-t-il, avec un accent anglais.
Stella lorgna sur le plat avec dégoût:
-On a pas encore commandé !
Le serveur écrasa son mégot sur la table, agacé:
- Y’a que ça au foutu menu du jour.
Stella pointa une table non loin :
-On veut des frites, comme les gens là-bas.
L’homme saisit l'assiette en en reversant la moitié sur la table:
-De toute façon, tout a le même goût ici.
Stella le regarder s'éloigner, effarée:
-C'était quoi, ça? Le Billy Idol du pauvre?
-Oh, moi je l'ai trouvé drôle! fit Maïa en étendant ses jambes, couvrant les déchirures de la banquette autrefois moelleuse.
-C'est normal: vous avez le même accent! Solidarité britannique, c'est ça?
Maïa ouvrit des yeux ronds:
-J'ai un accent? Je suis britannique? Pourquoi pas.
Stella sourit.
Ah, le fameux flegme britannique! pensa-t-elle.
-Du coup, maintenant qu’il est parti, tu vas pouvoir me raconter ton histoire, reprit Maïa.
Stella regarda les gens qui allaient et venaient dans la salle. Il y avait trop de monde à son goût :
-Si on trouve Charles Gunn, je te raconterai.
-Quand on trouvera Charles Gunn. Lui seul peut nous aider, précisa Maïa. Et d’ailleurs, il faut que l’on s’organise. Je propose d’attendre ici que le jour se lève. Puis on ratisse la ville quartier par quartier, maison par maison, jusqu’à ce que l’on trouve. Et si on ne trouve pas, on recommence jusqu’à…
Une gamelle de frites atterrit devant ses yeux.
-Ou alors, fit la voix du serveur. Vous demandez à quelqu’un qui le connait. Moi, par exemple.
Les deux filles se redressèrent, et fixèrent le serveur, qui se rallumait une cigarette, bouches bées. Ce dernier tira une bouffée avant de rajouter :
- Retrouvez-moi à la fin de mon service. J’vous amènerai à lui.
Il prit une frite huileuse dans l’assiette et mordit dedans :
-Au fait, j’m’appelle Spike. Et c'est Billy Idol qui me copie, poupée. Pas le contraire.

OoOoO

Dans une avenue tranquille, derrière une entrée boisée se trouvait un charmant hôtel de quatre étages qui fleurait bon les années 50.
Une allée joliment pavée conduisait à un hall rond et spacieux, tout en colonnes et en lustres. De confortables canapés de velours rouges accueillaient le visiteur.
Le ronron d'un vieil ascenseur aux grilles sculptées berçait les lieux.
Au fond de la pièce, on devinait à travers la porte vitrée une charmante cour intérieure.
Pourtant, cela faisait bien cinquante années qu'aucune chambre de l'Hôtel Hypérion n'avait été louée, et pour cause: il abritait aujourd'hui Angel Investigations, une agence de détectives.
Lesdits détectives avaient eu la mauvaise idée de se spécialiser dans les cas paranormaux, et cela expliquait sans doute la pénurie de clients. Autrefois, ils parvenaient néanmoins à joindre les deux bouts, mais aujourd’hui c’était devenu impossible.
Autrefois, ils pouvaient tuer des démons et des sorciers, les empêcher d’accomplir leur sombre dessein. Aujourd’hui, personne ne daignait leur demander de faire descendre un malheureux chat d’un arbre.
Autrefois, ils avaient Angel.
Et Wesley.
Et Fred.
Et Lorne.
Tous étaient partis, ou morts. Et ils n’étaient plus que deux désormais. Et quelle équipe ! Charles Gunn, un pauvre black estropié qui ne servait plus qu’à faire la comptabilité. Et Spike, un ancien vampire devenu humain, qui passait ses journées à radoter sur sa force passée. On avait arraché les ailes de ces Anges qui autrefois veillaient si bien sur la ville.
Spike poussa la porte de l'hôtel, ruminant les évènements de la journée. Depuis qu’il était redevenu humain, tout allait à volo. Tout foutait le camp : son boulot, ses forces… même sa tête. Il se demandait de plus en plus s’il avait gagné au change. Ce genre de cadeau empoisonné, il s’en serait bien passé. Il l’aurait volontiers refilé s’il pouvait. A cet enfoiré d’Angel par exemple.
Le crâne rasé d'un afro-américain apparut au dessus du comptoir de l'accueil.
-C'est à cette heure-ci que tu rentres, mec?
Spike jeta son blouson de cuir sur un des sièges, avant de se laisser tomber à côté. Il soupira.
-J'me suis fait virer.
-Quoi, encore?! Mais pourquoi ?
-J’ai pas fait payer deux filles.
-Tu peux pas essayer un jour de penser avec ta tête ?!
-Y'a quoi à manger?
-Ben, j'pensais que t'allais ramener des restes du Beer&Breakfest!
-J'me suis fait virer j't'ai dit! T'aurais pu faire un effort pour la bouffe!
-Et comment j'aurais pu deviner?!
-J'me fais tout le temps virer! T’es pas au courant depuis le temps, que j’suis trop con pour garder un foutu boulot ?!
-Et je l'achète avec quoi la bouffe? Ma pension d'invalidité?
-Quoi?! T'as pas eu de clients aujourd'hui? Mais qu'est-ce que t'as foutu?
-J'AI PAS ETE VIRÉ MOI AU MOINS!
Le silence retomba et les deux hommes se tournèrent le dos. Depuis qu’ils avaient repris l’agence, et que ce connard d’Angel avait disparu, les laissant s’occuper seuls du sale boulot, ce genre de scène arrivait chaque jour.
Et comme chaque jour, Gunn s’en voudrait le premier :
-...excuse-moi, mec, mes mots ont dépassés mes pensées…
-C'est pas grave, mon pote.
Putain de merde. C’est fou ce qu’ils faisaient chochottes maintenant, pensa Spike. Le manque d’aventure ne leur vraiment réussissait pas. Il posa néanmoins sa main sur l’épaule de son ami :
-On va s'en sortir, t'en fais pas.
Derrière Spike, quelque chose attira l’attention de Gunn. Deux jeunes femmes les fixaient, mal à l’aise.
Spike fit un vague geste vers elle :
-Ah ouais. J’ai ramené des clients, Gunn. Bouge-toi les miches.

OoOoO

-Alors comme ça, vous me cherchiez ?
Stella baissa les yeux vers Charles Gunn. Elle ne s’attendait pas à ce qu’il soit comme ça.
-C’est bizarre, je ne vous voyais pas comme ça, fit Maïa, qui elle aussi détaillait l’homme en fauteuil roulant devant elles.
Gunn secoua la tête :
-Si vous saviez le nombre de fois où on me dit ça…
Il se tourna vers Spike et lui donna une tape sur l’avant-bras :
-Tu vois, je suis plus connu que toi, maintenant !
Le peroxydé grogna, et Gunn reprit :
-Tu me voyais comment ?
Plus âgé. Plus serein. Et pas dans un fauteuil roulant, songea Stella, sans oser parler. L’homme n'avait pas trente ans. Il portait un pantalon ample et une veste à capuche colorée. Son visage était tout ce qu’il y a de plus amical. De grands yeux noirs où luisait un je ne sais quoi de revanchard, un sourire franc et aimable. Un crâne rasé, mais pas pour dissimuler une calvitie naissante. Pour le style. Il avait l’air d’un de ses étudiants qui passait plus de temps à boire qu’à aller en cours. Certainement pas d’un homme traqué par une organisation vampirique.
-On s’en fout de comment elles te voyaient, trancha Spike. Vous lui voulez quoi?
-On a besoin d'aide. On a des problèmes, expliqua Maïa.
Gunn fit rouler son fauteuil plus près d'elles:
-Quel genre de problèmes?
Maïa n’eut pas le temps d’en dire plus : dans un terrible fracas, la porte d'entrée vola en éclats et des milliers de bouts de verre coupants se disséminèrent sur le sol. La main en sang, Hugo, le vampire colossal qui avait mené les filles à Starblood entra lentement. Il essuya son poing contre son torse musculeux et poussa un grognement terrifiant.
Une grande lassitude s’empara de Maïa, qui, le regard amer murmura :
-Des problèmes comme ça, entre autres.


OoOoO
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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 28 Oct 2010, 06:47

Chapitre 5 :
Qui seme le vent...



Cachée derrière ses bras, Stella serrait les dents.
Le vampire la rouait tant de coups que ses poings se tâchaient de sang.
Elle parvint à bloquer un des coups du colosse. Puis un autre, avec difficulté. Mais elle se reçut un violent choc dans l'estomac.
Elle hoqueta et se plia en deux, faisant appel à toutes ses forces pour rester debout.
Elle ferma ses yeux, résignée.
Des bruits fugaces fusaient autour d'elle : les coups de hache de Gunn qui tapait sur la bête à s'en rompre les os, les jurons de Spike, qui tirait sur le monstre sans parvenir à le ralentir, les cris désespérés de Maïa...
Pourtant Stella ne bougeait pas.
Si ce vampire voulait tuer son amie, il devrait la tuer avant. Et il se fatiguerait avant d'en finir avec elle. Elle était plus forte que ça. Et elle tiendrait. Du moins elle l'espérait.
Malgré la douleur, elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce qui venait de se passer. Elle se rappelait la voix de Gunn alors que le monstre venait de faire son apparition, son regard à peine étonné.

-Mec, cette vitre va coûter une blinde en réparations… avait murmuré Gunn en considérant les morceaux de verre qui jonchaient le sol de son hôtel.
Il avait relevé les yeux et pris à parti le vampire :
-C’est quoi ton problème?!
C'est alors que le monstre l'avait désignée elle, et elle n'avait pas été surprise. En fait, elle avait craint ce moment depuis qu'elle avait vu cette affiche mettant à prix sa tête. Et quelque chose en elle avait espéré qu'ils la trouvent rapidement. Pour ne pas faire durer l'attente.
Pour ne pas faire durer la peur.
De toute façon, qu'avait-elle à perdre, elle qui n'avait plus rien?
Mais avant qu’elle ne puisse faire quoique ce soit, Maïa s'était dressée entre le vampire et elle, et avait étendu ses bras encore couverts de bandages :
-Quelle que soit la chose que tu lui veuilles, il va falloir me passer sur le corps.
Stella n’en avait pas cru ses yeux. Encore une fois, Maïa forçait son admiration. Ce petit corps si frêle dissimulait des trésors de courage.
Et elle, si forte, ne bougeait même pas le petit doigt. Parce que la dernière fois qu’elle l’avait fait, elle avait tout perdu.
Le vampire avait fait craquer les articulations de son poing et avait émis un rire cruel en regardant la blessée :
-D’accord, avait-il lancé.
Un coup de feu avait retenti. Et des particules de plâtre leur avaient plu à tous sur les épaules.
Spike avait vidé le contenu d’un fusil de taille considérable en l’air. Gunn avait grommelé silencieusement à propos du plafond.
-Correction : il va falloir NOUS passer sur le corps, avait dit le peroxydé avec une assurance folle.
Dieu qu'elle aurait aimé avoir cette assurance ! Il fallait qu'elle fasse quelque chose. Elle ne pouvait plus supporter que les gens se battent pour elle.
-NON ! avait-elle crié avant d'articuler d'une voix blanche. Je vais le suivre.
Maïa l'avait saisie par les épaules, ses grands yeux noirs et lunaires partagés entre le désespoir et une colère furtive :
-Ça ne va pas ? Tu ne peux pas faire ça !
Les deux filles s'étaient jaugées un instant.
Bien sûr qu'elle pouvait faire ça. C'était le mieux qu'elle puisse faire. Elle ne pouvait pas permettre que quelqu'un d'autre meure par sa faute.
-Tu ne peux pas faire ça, avait répété Maïa, la voix brisée.
Stella s’était avancée vers le monstre, d’un pas lent et mal assuré.
-Fais ce que tu as à faire, avait-elle dit.
Toute l'énergie qui lui restait à ce moment était passée dans ces mots et elle s'était sentie lourde, comme déjà morte.
Le vampire avait hoché la tête:
-Bien.
Mais un sourire mauvais s'était dessiné sur ses lèvres.
-Mais avant, je vais me débarrasser de tes amis, avait-il lancé.
Et il avait fondu sur Maïa.
Il avait ouvert grand la gueule et planté ses sales dents dans la gorge de son amie.
Et Stella avait su.
Elle avait su qu'on ne traite pas avec les monstres.
Elle avait su qu'elle valait bien mieux que ça.

Ça lui sauta soudain aux yeux, comme une évidence.
Elle valait mieux que ça. Elle devait vivre et affronter tout ça.
Et personne sur cette planète ne devait plus toucher à un seul cheveu de Maïa.
A la grande surprise du monstre, Stella évita un coup et se faufila sous son bras, se plaçant derrière lui.
Tout était si limpide.
Elle arracha la hache des mains de Gunn et asséna un coup terrible dans le dos du vampire, qui partit s'étaler à l'autre bout de la pièce dans une gerbe de sang.
Quelque chose tomba à terre dans un bruit sourd. C’était le presse-papier cubique qu’elle avait volé dans l’usine, et qui venait de glisser de sa poche.
Il tourna quelques secondes sur lui-même, et finit par s’arrêter à mi-chemin entre Stella et le vampire.
A sa vue, le monstre grogna, visiblement contrarié. Mu par une force nouvelle, il se releva pour se ruer sur l’objet.
Alors Stella sentit une force incroyable couler dans ses veines. Une force à laquelle elle n'avait fait appel qu'une seule fois auparavant. Mais il n'était pas question de lutter contre cela maintenant.
Elle courut vers Hugo et frappa.

OoOoO

Le poing encore serré, le bras encore tremblant, Stella considérait le vampire inanimé devant elle, à quelques mètres à peine. Avec un bras en moins, il n'avait plus l'air aussi impressionnant.
Un frisson lui parcourut l’échine, et elle réalisa avec surprise que ce n’était pas que la peur qui la secouait. Elle avait expérimenté une sorte de plaisir sadique…
Elle se refusa à aller plus loin dans ses pensées.
Elle laissa tomber l'arme par terre et, machinalement, ramassa le presse-papier.
Puis, elle réalisa quelque chose, et se précipita sur Maïa :
-Ca va?
Maïa plaquait sa main contre son cou ensanglanté. Elle lui sourit faiblement et hocha la tête :
-Et toi ? demanda-t-elle en jetant un regard inquiet à ses blessures.
Stella la rassura : les bleus finiraient bien par s’en aller….
-On n'est pas en sécurité ici, lâcha-t-elle. D'autres vont venir.
Gunn partit alors d'un rire franc et joyeux. On aurait cru que cette prévision le mettait en joie.
-Ah ça fait du bien, une vraie bonne bagarre!
Il roula jusqu'à la réception de l’hôtel, et en revint avec le nécessaire pour soigner les deux femmes. Il se mit à l'ouvrage.
Spike saisit la hache ensanglantée au sol :
-Tu disais avoir besoin de nous, poupée, mais il me semble que tu te débrouilles très bien toute seule.
Stella afficha une mine sombre :
-Je ne sais même pas comment j'ai fait ça...
-On va dire que c'est facile quand on est une Tueuse, répliqua aussitôt Gunn qui tamponnait la blessure de Maïa.
-Facile ? Génial, tu veux dire! rétorqua Spike avant de s'énerver un peu. Ah, ces foutus pouvoirs me manquent!
Le sang de Stella se glaça. Un épisode de son passé, qu'elle faisait tout pour oublier, remontait doucement à la surface.
-Je n'ai tué personne... Je ne suis pas une tueuse! se défendit-elle.
Spike la dévisagea de ses grands yeux bleus profonds :
-Oh, je crois que si, poupée. Tu es une foutue Tueuse de Vampires. J’en ai vu assez en 150 ans pour en reconnaître une quand j’la vois se battre dans mon salon.
Stella le dévisagea à son tour. 150 ans ?! Avait-elle bien entendu ?
Gunn lança à son tour :
-La vraie question est : que peut-on faire pour toi?
-Pour nous, précisa Maïa, qui avait repris des couleurs.
Elle sortit de sa poche la photo de Gunn discutant avec l'homme à lunettes.
-On cherche cet homme.
Gunn saisit la photo et y jeta un coup d'œil.
-Giles?
Maïa se figea :
-Giles… bredouilla-t-elle, les yeux dans le vague.
-Pourquoi vous le cherchez? fit Spike.
-C'est une Tueuse, mec! Réfléchis un peu! le rabroua Gunn. Pourquoi, elle ne le chercherait pas?
-Et pourquoi le Conseil ne la pas trouvée?
-Le quoi?
Stella venait de couper la discussion des deux hommes.
Derrière son dos, le vampire gémit. Il reprenait peu à peu ses esprits.
Gunn saisit son arme :
-Il faut éloigner ces deux filles d'ici sinon on aura des problèmes.
-Je peux les conduire jusqu'au Conseil, jusqu'à Giles, proposa Spike.
Gunn hocha la tête:
-Je m'occupe de notre ami ici présent. Il a peut-être des choses intéressantes à me dire. Vous, foncez.
Spike hocha la tête et fit signe aux filles de le suivre.
Stella se tourna vers Maïa, un sourire qui se voulait encourageant aux lèvres. Mais elle réalisa que de grosses larmes roulaient sur les joues de la jeune métisse.
-Maïa...?
-Giles… Il s'appelle Rupert Giles, je m'en souviens...
Stella entoura son amie de ses bras.
-On va le retrouver très vite, maintenant. Allons-y.

OoOoO

L’homme mena les filles à un side-car, qui avait du être redoutable dans ses jeunes années, mais qui avait peine à forcer le respect. Il avait dû être noir dans une autre vie, mais aujourd’hui la rouille avait eu raison de sa couleur. Quant aux pièces, elles n’étaient plus d’origine depuis longtemps.
-Ben vous attendez quoi ? demanda Spike au bout d’un moment. Montez !
Les filles s’exécutèrent. Comme Maïa était encore un peu secouée, il fut convenu qu’elle irait dans le side-car afin de prendre du repos.
-T'es sûr qu’on va tenir à trois là-dessus ? demanda Stella, en s’installant derrière Spike.
L’homme lui jeta un regard vexé :
-J’ai gagné cette bécane au poker. Elle appartenait à un droklurgg, le plus mauvais joueur que j’ai jamais vu. Le pauvre type devait peser dans les 200 kilos. Et je te parle même pas de sa foutue femme.
Stella ouvrit grand les yeux. Décidément, ce gars nageait en plein délire.
Elle mit néanmoins ses bras autour de sa taille afin de ne pas le vexer davantage. L’homme lui donna un vieux casque à l’odeur suspecte.
-Tu mets pas de casque ? demanda-t-elle en l’enfilant.
-J’ai la tête dure.
-Juste une dernière question, lança Maïa, qui décidément, endurait la douleur comme personne. Tu n’as rien contre les filles qui ont la poisse ?
Spike démarra sa moto qui émit un ronflement tonitruant.
-Non, M’dame.
Maïa sourit légèrement en regardant la route qui se dressait devant eux :
-Je suis ravie de l’apprendre…
La moto vrombit et Spike s’engagea dans les boulevards de la ville, pratiquement déserts à cette heure-ci de la nuit :
-Allez, en route pour Cleveland !
Stella tiqua :
-Cleveland ? C’est à l’autre bout du pays !
-C’est à deux jours, si on roule bien ! Et t’en fais pas, une fois là-bas, tu seras en sécurité, poupée ! répondit Spike.
Il accéléra et la moto se mit à filer. Stella regarda autour d’elle.
Los Angeles. Jamais elle n’aurait pensé qu’elle serait heureuse de quitter cette ville.

OoOoO

Il ne faisait pas encore jour et la ville dormait tranquillement.
Après lui avoir collé une droite dont il se souviendrait longtemps, Gunn avait profité de l’étourdissement du vampire pour l’immobiliser plus solidement : le salopard ne pouvait plus bouger. Ses épaules et le bras qui lui restait étaient entourés de chaines solides. Il était temps de le réveiller.
L’homme déversa une rasade d’eau bénite sur le monstre. Ce dernier ouvrit les yeux et poussa un cri horrible, alors que le liquide lui brûlait les membres. Il jeta un regard peu recommandable à son bourreau.
-Ca fait du bien de l’eau fraîche, hein mec ? grinça ce dernier, pas effrayé pour un sou.
Le vampire grogna. Gunn eut l’air faussement déçu :
-Ah ? Pas fan du froid ?
Il tourna sur son fauteuil et parti fouiller dans un meuble, non loin de l’ascenseur du Hall.
-Que dis-tu d’un peu de chaleur, alors ?
Il brandit un soudeur et l’alluma. L’objet cracha une gerbe enflammée qui n’augurait rien de bon. Gunn fit rouler son fauteuil jusqu’au monstre, et le regarda droit dans les yeux.
-Discutons un peu. Qu’est-ce que tu veux à cette fille ?
Toujours muet, le vampire soutint son regard. Gunn pointa le soudeur sur lui.
- Qu’est-ce que tu veux à cette fille ? répéta-t-il.
Il n’obtint aucune réponse. Finalement, il mit en marche le soudeur, droit sur l’entrejambe du monstre :
- PARLE ! Qu’est-ce que tu veux à cette fille ? Pour qui tu bosses ?
Un vagissement de douleur monta à travers les étincelles que produisait l’appareil de torture improvisé du jeune homme. Mais ce dernier ne s’en émut pas, bien au contraire. Il s’acharna de plus belle :
-Pourquoi t'as cassé ma porte ?! Tu sais seulement combien ça coûte, des putains de réparations, espèce de sangsue putride ?!
Le vampire hurla de toutes ses forces. La douleur semblait insupportable. Gunn stoppa la flamme. Il éloigna son fauteuil de la créature qui gesticulait sur elle-même, en proie à une souffrance aigüe. Une odeur de viande brûlée emplit la pièce.
Le vampire gémit durant de longues minutes. Peu à peu, le silence revint.
-Tu t’es décidé à parler ? cracha Gunn.
Il ralluma le soudeur et brandit sa longue flamme devant lui, en signe d’avertissement.
A sa grande surprise, le vampire se mit à rire.
Un rire froid, sans cœur, qui donna le frisson à l’homme.
-C’est trop tard… lâcha le monstre.
-Trop tard pour quoi ?
-Tu ne comprends pas. Toi et tes amis vous n’êtes rien pour nous. Vous n’êtes que de la viande.
Hugo releva la tête. Il fixa Gunn de ses deux yeux jaunes, tout injectés de sang.
-Tu peux me tuer, si tu veux. Ça ne changera rien. Vous pouvez garder le Pentagone. M’dame Lizbeth a déjà toutes les infos qu’elle a besoin.
-Le quoi ?!
Gunn ne comprenait pas un mot de ce que le vampire disait. Mais à l’évidence, le sujet était sérieux. Il actionna à nouveau le soudeur et le pointa sur la plaie béante que le monstre avait à la place du bras droit.
-Avant de mourir, tu vas en baver, crois-moi. Je te garde ici jusqu’à ce que tu me dises tout ce que tu sais.
Le vampire contracta son bras. Les chaines qui l’entouraient bougèrent dans un cliquettement inquiétant. Le vampire ricana :
-Personne ne peut me garder prisonnier.
Il rugit et dans un effort incroyable, brisa les chaines qui le retenaient. Avant que Gunn ait pu faire quoi que ce soit, il lui décocha un méchant coup. Il se rua sur une fenêtre du hall et s’enfuit, brisant la vitre dans un grand fracas.
Gunn grimaça. Bon sang, tout ça allait lui coûter une blinde.

OoOoO

-Maïa ?
-Mmmh ?
La jeune femme, qui rêvassait en fixant le feu de fortune allumé devant elle, tourna mollement la tête vers son amie. Derrière elle, Spike tentait de redonner vie au side-car, une clé à molette à la main.
Après avoir roulé toute la journée sous un soleil de plomb, l’engin avait fini par rendre l’âme au beau milieu du Nouveau-Mexique.
De nombreuses questions avaient taraudé Stella alors que la route défilait inlassablement sous ses yeux. Compter les lignes jaunes tracées sur le bitume n’avait réussi qu’à la mettre dans un état second, mêlé de crainte et d’angoisse. A présent, tout cela formait une boule dans son estomac, un poids qu’elle ne pourrait plus soutenir bien longtemps.
-C’est quoi une Tueuse de Vampires à ton avis ?
Maïa, chamboulée par la révélation qu’elle avait eu, et encore affaiblie, se redressa mollement :
-Et bien… sans doute une personne qui… tue des vampires, non ?
Stella mit l’évidence de la réponse sur le compte de la fatigue de Maïa.
-Oui, ça j’ai bien compris mais… Qu’est-ce que c’est exactement ?
Maïa, un peu gênée, ne put lui offrir aucune réponse.
-La Tueuse est une Elue, fit Spike qui avait tout entendu.
Les mains noires de cambouis, il vint se poser près du feu.
Au loin, un coyote hurla à la lune.
L’homme reprit :
-Il y a longtemps, la race humaine était très loin d’être la race dominante sur la planète. Les démons étaient partout. Ils étaient puissants. Bien plus que les hommes, qui étaient réduits à l’état de casse-croûte. Surtout pour les vampires.
L’idée le fit sourire d’une façon étrange. Il saisit une bière dans son sac de voyage, et but à longues gorgées.
-Un jour, des mages décidèrent de changer tout ça. Ils donnèrent à une jeune fille le pouvoir de défier les démons. Elle acquit une force et une rapidité surhumaine, et botta tant et si bien le cul des vampires qu’ils furent réduits à quelques survivants. Mais ils ne se laissèrent pas faire et se multiplièrent. L’un d’eux finit par tuer la fille. Mais son pouvoir demeura et se transmis à une autre femme. Depuis à chaque génération, il y a une Tueuse. Sa mission est très simple : sauver le monde et le débarrasser des démons.
-Voilà qui explique bien des choses, lança Maïa, visiblement amusée par l’histoire, et nullement traumatisée.
Stella, elle, déglutit avec difficulté. Une violente envie de vomir la saisit. Elle ne voulait pas être une Tueuse. Elle ne voulait pas de tout ça. Spike jeta sa bouteille au loin et la tira du tourbillon d’angoisse dans lequel il l’avait plongée.
-Mais les choses ont changé. Maintenant, il y a un millier de tueuses.
Stella et Maïa levèrent la tête et dévisagèrent le motard.
-Une apocalypse a eu lieu il y a quatre ans. Une apocalypse telle qu’il a fallu employer des moyens incroyables. Willow, une sorcière un peu trop douée, si vous voulez mon avis, a réveillé toutes les Tueuses potentielles dans le monde entier. Buffy, la vraie Tueuse, les a menées au combat. Et on a gagné.
-On ? demanda Maïa.
Spike s’ouvrit une deuxième bouteille.
-Ouais, on. Cette apocalypse, j’y étais. Et j’ai tout perdu ce jour là.
Son regard s’obscurcit.
-J’étais un démon, cracha-t-il, d’une voix avinée. Un vampire ! Un de ceux qu’on ne fait pas chier. J’avais choisi de me mettre au service du bien… j’avais mes raisons. Mais le jour où on a vaincu l’apocalypse, tout a changé. Je suis devenu un fantôme. Puis encore un vampire. Et finalement, il y a eu une autre foutu apocalypse et je suis devenu humain à cause d’une putain de foutue prophétie à la con !
Stella lança un regard circonspect à Maïa, qui lui rendit bien. Le pauvre gars racontait n’importe quoi. Comme pour répondre à ces doutes silencieux, Spike haussa le ton :
-J’sais bien ce que vous pensez ! Que j’suis dingue ! Que je suis un foutu punk drogué jusqu’aux yeux ! Mais je le suis pas ! C’est la putain de vraie vérité ! Merde !
De rage, Spike balança sa bouteille sur le feu qui flamboya avec force. Il repartit passer ses nerfs sur sa bécane.
Le silence retomba. Finalement, Maïa se leva :
-On te croit.
-Hein ?! s’exclama Stella.
Elle saisit Maïa par le bras et lui chuchota à l’oreille :
-T’es folle ? Il sait pas ce qu’il dit.
-Et pourquoi son histoire serait moins vraie que la nôtre ? Je me suis réveillée dans un bunker et j’attire les démons. Toi, tu survis à cent vampires et tu peux sauter de cinq étages sans te blesser. Pourquoi ne pourrait-il pas être un vampire qui ne l’est plus ?
Les deux filles se considérèrent un instant. Finalement, elles se rassirent à leurs places.
-On te croit, répéta Maïa.
Stella haussa les épaules :
-Ca a l’air dingue mais c’est possible.
La moto vrombit.
-Ravi de vous l’entendre dire, lança Spike. Allez grimpez, on y va.
Maïa bondit sur ses jambes et prit place derrière lui.
-C’est moi qui ai cru en lui la première ! rigola-t-elle. A ton tour d’aller dans le side-car, ma vieille !
Elle désigna le side-car branlant, dans lequel croupissait une vieille couverture pleine de taches et à l’odeur peu engageante. Stella grimaça :
-Beurk.

OoOoO

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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Jeu 28 Oct 2010, 06:50

De son gros doigt ensanglanté, Hugo pianota un numéro sur un vieux téléphone.
Un jour avait passé depuis son passage à l’Hypérion. Il avait du traîner dans les égouts en attendant que la nuit ne revienne s’abattre sur Los Angeles. Il espérait que sa maîtresse ne lui en voudrait pas.
-C’est maintenant que t’appelles ? Grogna la voix délicieuse de M’dame Lizbeth à l’autre bout du combiné.
Hugo préféra éviter les politesses d’usage :
-Mauvais nouvelle, maîtresse.
-Tu l’as laissée s’échapper… devina la vampiresse en grinçant.
-Déjà oui. Mais y’a pire.
A l’autre bout du combiné, on entendit un bruit de poing que l’on fait craquer.
Hugo déglutit.
-Déjà elles sont deux. La fille, l’autre fille, un faux blond et un noir.
Lizbeth grogna. Mieux valait poursuivre le récit sans plus attendre :
-… mais il n’est pas parti avec elles. Le noir, j’veux dire.
-ET APRES ?
-Elle m’a coupé un bras. Ca pique un peu.
-JE M’EN MOQUE, IMBECILE ! C’est quoi, la mauvaise nouvelle ?
Hugo prit une longue inspiration. Finalement, il ouvrit la bouche :
-Elle a le Pentagone.
Long silence.
-Le… quoi ?
-Le Pentagone. Le presse-papier, quoi. Celui qui appartient à l’autre gars, là. Isidore.
Le silence retomba. On pouvait presque entendre le front de Lizbeth se plisser sous l’effort de réflexion. Soudain, sa voix furieuse et étranglée s’éleva du combiné:
-Tu veux dire... l’Orthogone d’Anésidore?!
Hugo sourit :
-Oui, c’est ça ! Vous êtes pas chef pour rien, chef !
Il reprit :
-Dans deux jours, je vous rejoins au Kansas. Je serai bien content de vous rev…
- QU’ON M’AMENE MON NECROMANCIEN, TOUT DE SUITE !!!
Lizbeth lui raccrocha au nez.
Hugo soupira et reposa le combiné sur le vieux téléphone. Un cri étouffé se fit entendre derrière lui et il se retourna : une quarantenaire apeurée le regardait, plaquée contre le mur de sa cuisine. Dans les replis de sa jupe se cachaient deux jeunes garçons qui ne devaient pas dépasser les dix ans.
-Merci pour l'invitation et le coup de fil, souffla Hugo à leur intention. On peut dîner maintenant.
Il prit son visage de vampire et se jeta sur ses victimes.

OoOoO

En fin d'après-midi, au beau milieu de l'Oklahoma, alors que le soleil embrassait la ligne d'horizon, Stella, les paupières lourdes, bailla.
Elle jeta un coup d’œil assassin à son amie qui, confortablement installée derrière Spike écoutait patiemment les propos sans fin de ce dernier.
-… et c’est comme ça que Drusilla, la femme de ma vie, m’a laissé tomber comme un chien pour un foutu démon du chaos.
Maïa soupira :
-T’en fais pas Spike, vampire ou pas, la vie te réserve plein de bonnes choses. Je le sens.
-Tu crois ?
-Oui. J’ai un excellent instinct.
Stella sourit. Finalement, le side-car, ce n’était pas si mal. Mais la route était longue.
Un camion passa à côté d’eux et elle le suivit du regard. Autour d’elle, des cultures jaunasses, bordées de piquets vermoulus s’étendaient sans fin. Sous une éolienne qui tournait avec peine, quelques bisons mollassons paissaient.
Aucun doute : Stella était de retour au pays.
Elle grimaça à cette pensée et se tassa dans le side-car. Sans le savoir, la moto la menait droit vers l’endroit d’où elle s’était échappée quelques jours plus tôt. Pour tenter de penser à autre chose, elle tira de sa poche le presse-papier qu'elle avait volé dans l'usine. Elle joua avec quelques minutes, le faisant miroiter dans l'un des derniers rayons de soleil. Qu’est ce que les vampires pouvaient bien vouloir à cette chose ? Elle le remit machinalement à sa place.
Un cri perçant et inhumain fusa.
Stella releva la tête et crut apercevoir une personne encapuchonnée au beau milieu de la route terreuse, à quelques centimètres.
Elle n’était pas la seule : Spike freina d'un coup, mais trop tard. Sous l'impact, la moto dérapa, soulevant un nuage de poussière pourpre. Stella ferma les yeux.

OoOoO

-Qu'est-ce qui s'est passé? demanda Maïa.
Stella l’aida à se relever :
-Il y avait quelqu'un sur la route! lui répondit-elle.
Spike s’épousseta :
-Je crois qu'on l'a touché.
-Bizarre, moi j'ai rien vu! S’étonna Maïa en regardant autour d'elle.
Dans l'étendue d'herbes sèches, elle n'aperçut qu'un buffle au pelage mité qui la fixait d’un œil idiot.
-Il n'y a rien, fit-elle.
-Ma moto! cria Spike.
Les trois considérèrent avec stupéfaction l’endroit où l’engin avait finit sa course. Il avait encore les traces de pneus qu’ils avaient faites lors de leur embardée. Mais le side-car avait littéralement disparu.
-Mais qu'est-ce que... s'étonna Stella. Qu'est-ce qui s'est passé?
-ON S'EST FAIT VOLE PAR UN NINJA! cria Spike. VOILA CE QUI S'EST PASSE!
Il donna un coup de pied à un caillou, en jurant.
Stella le dévisagea. Il y croyait vraiment, ou bien...?
-Bon, ben on a plus le choix, décréta Maïa. On marche.
Elle s'élança au milieu de la route, le regard déterminé.
-T'es pas sérieuse?! demanda son amie.
Maïa haussa les épaules.
-Ce qui vient de nous arriver, je le sens pas. Ca t’arrive souvent de percuter des fantômes et de voir une moto s’évanouir dans les airs ? Je suis peut-être la plus jeune, mais je pense qu’il ne vaut mieux pas s’attarder ici.
Elle pressa le pas, Spike sur ses talons :
-Suivons ces lignes jaunes et on arrivera où on voudra. Et puis regardez moi ce paysage!
Stella ne jeta pas un regard autour d'elle. L'Oklahoma l'avait vu naître. Elle connaissait cet État par cœur. Et ne voulait vraiment pas y rester. Trop de gens pourraient la reconnaître.
Spike, par contre, s'était radouci:
-C’est vrai que c'est joli par ici!
Après quelque pas, ils réalisèrent que leur amie n'avait pas bougé, et se tournèrent vers elle:
-Et bien, tu ne viens pas? demanda Maïa, surprise.
-Allez, Stella, viens profiter du paysage avec nous ! Le side-car n’en avait plus pour longtemps de toute façon ! ajouta Spike.
Il huma l’air et ferma les yeux avec ferveur :
-Et regarde autour de toi : nul pylône électrique, nulle tour d’acier et de verre pour cacher le ciel, nulle noire asphalte pour recouvrir les sols ! Tout n’est que plaines verdoyantes qui s’étendent à perte de vue et offrent au ciel toujours bleu des fruits gorgés de vie ! Oui, Mère Nature a été généreuse avec son enfant prodige, l’Oklahoma.
Un silence circonspect accueillit cette diatribe.
Finalement, Maïa ne put s'empêcher de pouffer de rire. Spike ne s’en offusqua pas, bien au contraire :
-Oui, je sais, avant d’être punk, j’ai été poète. Ça faisait longtemps !
Comme pour appuyer ses dires, il poursuivit, les bras levés :
-Ah, Oklahoma, Terre de…
-Tornade, fit Stella, les yeux écarquillés.
Spike grimaça:
-Non, c'est nul. Oklahoma, Terre de...
-TORNADE!!! hurla Stella en pointant quelque chose derrière Spike et Maïa.
Elle s'enfuit, et Maïa la suivit sans attendre.
Spike se retourna.
-Ah.

OoOoO
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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Ven 12 Nov 2010, 08:57

Chapitre 6 : L'âme damnée


Durant sa jeunesse oklahomienne, Stella avait eu l’occasion d’échapper à quelques tornades. Mais celle-ci n’était pas ordinaire.
Emergeant d’épais nuages pourpres, la chose, une colonne de vents tourbillonnants hérissée d’éclairs, avançait droit vers eux.
Pire, elle avait l’impression qu’elle les suivait, prête à les engloutir au moindre faux pas.
Comme pour lui donner raison, Spike poussa un cri derrière elle.
En se retournant, elle eut à peine le temps d’apercevoir le visage horrifié de l’homme disparaître dans la nuée.
Il était trop tard.
Le cyclone se rapprochait en grondant.
Stella poussa Maïa sur le bas côté. Alors qu’elle s’apprêtait à bondir pour la rejoindre, la tornade la souleva comme une vulgaire feuille d’arbre.
Et comme une feuille, elle gravita sur elle-même sans rien pouvoir faire d’autre que trembler.
Elle connaissait cette impression.
Elle l’avait vécu à quinze ans, en faisant les mauvais manèges de la foire d’Okemah, alors qu’elle venait de prendre sa toute première cuite.
Le vortex s’enroulait autour d’elle, fouettant ses membres endoloris.
Haut, très haut au dessus d’elle, la voix lointaine de Spike l’appelait.
Des éclairs aveuglants lui brouillaient la vue.
Elle ne distinguait qu’une chose dans ce cataclysme : les bottes rouges de Maïa qui tournoyaient au loin.

OoOoO

D’un coup, tout se dissipa.
Stella tomba lourdement sur le béton. A côté d’elle, ses amis gémissaient, sonnés.
Mais elle n’avait pas mal.
Elle fixait un plafond en bois où se balançait une vieille ampoule jaunie. Comment diable avaient-ils fait pour le traverser ?
Elle entendit une rumeur inquiétante et regarda autour d’elle : une centaine de vampires se rapprochaient d’elle et de ses amis, les encerclant lentement. Ils portaient tous une veste Starblood. La même que les monstres qu’elle avait rencontré il y a quelques jours et auxquels elle avait échappé de justesse. Sous le choc, Stella ne pensa même pas à bouger lorsqu’un molosse la souleva et l’immobilisa.
Elle se retrouva nez à nez avec Lizbeth. La vampiresse, qu’elle croyait morte, la jaugeait de ses yeux jaunes et luisants :
-Alors tu as aimé le petit tour de passe-passe de mon Nécromancien ? Tu croyais qu’on ne te retrouverait pas ?
L’effrayante créature encapuchonnée de Lizbeth frôla la jambe de Stella. Cette dernière la reconnut comme la personne qu’ils avaient manqué d’écraser.
Egalement retenue à côté de Spike, qui jetait aux ennemis un regard plein de défi, Maïa s’exclama :
-Dieu qu'elle est laide! Une vraie sorcière !
Lizbeth leva les yeux au ciel et envoya un coup de poing féroce dans l’estomac de Stella. Sous les hurlements de Maïa et les insultes de Spike, cette dernière se plia en deux. L’objet qu’elle gardait dans sa poche tomba à terre et rebondit aux pieds de son assaillante.
Le visage de la vampiresse se décomposa.
-L’Orthogone…grogna-t-elle.
Elle ramassa l’objet et le serra si fort qu’une goutte de sang coula entre ses phalanges.
-Tu as détruit ma machine. Et maintenant ça. Siffla-t-elle, entre ses canines.
Elle frappa Stella de toutes ses forces. Cette dernière tomba à terre en criant de douleur. Le monstre qui la tenait la releva aussitôt et la jeune femme se débattit avec force, en vain.
Spike hurla :
-Allez Stella ! T’es une foutue Tueuse ou pas ?
Lizbeth réagit :
-Une Tueuse ?
Profitant de la surprise de son adversaire, Stella rassembla toutes ses forces et donna un coup de pied dans le ventre de Lizbeth. Les yeux écarquillés, cette dernière fut projetée sur ses acolytes qui s’écartèrent et la laissèrent retomber lourdement sur le sol poussiéreux.
Serrant les dents, elle se redressa lentement. Certains vampires esquissèrent un mouvement vers Stella, prêts à s’abattre sur elle. D’une main, leur maîtresse les en empêcha :
-Elle est à moi.
Sous le regard horrifié de Spike et Maïa, elle avança vers sa proie d’un pas décidé. Stella se débattit de plus belle, paniquée. Mais en vain : la furie s’acharna sur elle à coup de poings.
Elle frappa, frappa, encore et encore, jusqu’à ce que la Tueuse perde connaissance dans les bras du vampire qui la tenait.
Satisfaite, Lizbeth lécha le filet d’hémoglobine qui coulait le long de son bras.
-Très décevante, fit-elle. J’en ai tué de bien plus coriaces.
Les autres vampires l’acclamèrent. Elle sourit en regardant le liquide rouge couler de la bouche de Stella.
-Tuez les autres, lâcha-t-elle enfin.
Le cercle de monstres se resserra lentement autour de Spike et Maïa. Ces derniers se mirent à hurler, gesticulant et griffant leurs gardes.
Soudain, tous stoppèrent comme un seul homme.
Une longue épée acérée s’était glissée sous la gorge de Lizbeth.
-Et si vous vous battiez contre quelqu’un de votre taille ? fit une voix grave.

OoOoO

Un homme brun de stature imposante tenait en respect la vampiresse, une épée dans une main et un pieu de bois dans l’autre.
Son long manteau de cuir noir, qui se déployait jusqu’au bas de ses jambes, lui donnait un air grave. Une force incroyable émanait de ce personnage au visage sombre.
Le Nécromancien s’avança vers sa maîtresse. Cette dernière siffla :
-Qui es-tu ?
Les yeux noirs du nouveau venu la sondaient froidement.
-Celui qui va vous donner la raclée de votre vie. Récita l’homme d’une voix monocorde. Mon nom n’a pas d’importance.
-Angel, c’est toi ?
L’homme soupira, agacé, tandis que Spike le considérait avec soulagement. Lizbeth, quant à elle, jaugea le nouveau venu avec intérêt :
-Angel ? C’est donc toi le fameux vampire avec une âme… Fit-elle. Je croyais que tu n’étais qu’une légende.
L’homme ne répondit rien. Son regard implacable restait fixé sur sa victime. Cette dernière esquissa un sourire en coin :
-Il en faut bien plus que ça pour m’impressionner… Tuez-le.
Ses sous-fifres ne la firent pas attendre. Toutes dents dehors, ils bondirent sur le nommé Angel. Le visage de celui-ci se métamorphosa aussitôt, laissant apparaître deux canines pointues. Ses yeux sombres pâlirent.
Il se jeta sur les vampires en rugissant.

OoOoO

Jamais personne n’avait tenu tête à un tel nombre d’adversaires avec autant de confiance. Les gestes d’Angel étaient précis, méthodiques, comme si il les avait exécutés des milliers de fois. Il avançait vers ses assaillants sans ralentir, tranchant tête après tête, perçant cœur après cœur. Tous tombaient en poussière dans un cri d’atroce douleur. Le vampire ne cillait même pas à la vue du sort qu’il réservait à ceux de son espèce.
Les hommes de main avaient lâché Maïa et Spike pour se lancer à leur tour dans la bagarre. La jeune métisse se rua sur son amie inconsciente et la tira hors de portée des coups.
Spike souleva la blessée :
-Il est grand temps de se tirer d’ici ! cria-t-il.
Maïa désigna Angel. Les assaillants étaient toujours plus nombreux. Bien trop pour un seul homme, si doué soit-il. Angel les contenait avec une difficulté grandissante.
-Et lui ? demanda-t-elle.
-T’inquiète, c’est un grand garçon !
Spike se tourna vers Angel et lui fit un geste obscène :
-A la revoyure, connard ! hurla-t-il.
Stella sur ses épaules, il tira une Maïa aux grands yeux effarés par le bras. Il fit le tour de la salle à la recherche d’une issue, évitant les vampires. Il aperçut une porte toute proche.
Lizbeth bondit devant lui. Elle lui décocha un violent coup de poing et le pauvre homme tomba à terre.
Un pieu se planta dans la poitrine de la femme. Elle le regarda, interloquée, et entreprit de l’enlever en grimaçant. Spike cracha du sang par terre :
-Même pas foutu de viser le cœur, Angel ? Tu te fais vieux !
Angel se tourna lentement vers lui. Soudain, ses yeux dénués d’expression fixèrent la vampiresse.
Cette dernière déglutit.
Le Nécromancien réagit aussitôt. Il enserra sa maîtresse de ses bras maigres et anormalement longs, prêt à disparaître. Un tourbillon de fumée pourpre s’éleva autour d’eux.
D’un coup, la créature relâcha son étreinte.
L’épée d’Angel les avait embrochés, transperçant le ventre de Lizbeth, qui hoqueta. Sous le choc, elle fit tomber à terre le cube qu’elle tenait dans sa main, et qui roula jusqu’au corps inerte de Stella.
Elle s’évapora dans les airs, laissant derrière elle une brume pourpre. Le sort du Nécromancien avait fonctionné.
Pour elle du moins.
Lui glissa sur le sol dans un râle.
Mais Angel n’eut pas le temps de l’achever.
Derrière lui, les vampires se rapprochaient dangereusement. Il fallait fuir au plus vite. Après avoir ramassé l’objet qui était tombé des mains de Lizbeth, Angel prit Stella dans ses bras et fit signe aux deux autres de le suivre.

OoOoO

Y’a pas à dire, la semaine avait été chargée.
M’sieur César n’était pas très content de M’dame Lizbeth. Il voulait qu’elle déchiffre le Pentagone d’Isidore et il voulait aussi que sa belle machine à zigouiller les humains fonctionne pour Lundi.
On était Jeudi.
La machine était cassée. Et le Pentagone était perdu. Tout ça à cause de cette fille qui lui avait coupé le bras. Et encore s’il n’avait mal qu’au bras !
Ses parties roussies le faisaient claudiquer.
Il avait dû tuer un mendiant qui s’était moqué de lui.
Mais Hugo restait optimiste.
Il était parvenu bon gré mal gré à rejoindre Kansas City et à présent, il clopinait à travers la campagne, sourire aux lèvres. Il était tout proche de M’dame Lizbeth qui devait l’attendre avec impatience.
-Oh, Lizbeth, belle Lizbeth, j’arrive! mugit-il.
Un paysan, qui fumait la pipe sur son porche, sursauta à sa vue et rentra aussitôt s’enfermer chez lui.
Hugo pressa le pas.
Quelques instants plus tard, il était devant l’Usine de sa bien-aimée. C’était une ancienne fabrique de tourtes au maïs, aux murs en planches rouges et vermoulues et aux fenêtres solidement barricadées. Une délicieuse odeur de mort emplissait les lieux. Sur le sol en terre battue, une vieille cannette Starblood rouillait. Le musculeux vampire soupira d’aise :
-Ah, rien ne vaut son chez-soi !
Des pneus crissèrent et il manqua de se faire écraser par une vieille Plymouth noire, qui disparut bien vite à l’horizon. Hugo ne s’en offusqua pas et entra dans l’usine.
Il laissa échapper un cri de surprise : la pièce était dans un désordre indescriptible. Des petits tas de poussière épars jonchaient le sol. Au milieu, certains de ses camarades gisaient, démembrés, mais encore assez vivants pour gémir de douleur. Des gerbes de sang s’étalaient jusqu’au plafond. Les nombreux vampires survivants s’affairaient à aider leurs semblables.
-Ben ça alors…. laissa échapper Hugo, les yeux ronds comme des billes.
Sa voix résonna un moment dans la pièce.
-Hugo! Grogna une voix féminine.
-M'dame Lizbeth! Vous allez bien M'dame?
Encore entourée de fumée, Lizbeth se tenait le ventre, en proie à une vive souffrance. Sa robe était déchirée et tâchée de sang. Elle n’avait pas l’air d’être au meilleur de sa forme. Mais ce n’était rien à côté de son Nécromancien. La créature se tordait par terre, secouée par des spasmes violents et baignant dans son sang violacé.
Hugo secoua la tête :
-Ouhlala, M’sieur César va pas être content ! Une fois de plus ! Mais qu’est-ce qu’on va…
Lizbeth planta férocement un pieu dans le cœur du malheureux Hugo.
Alors que son corps partait en cendres, il jeta à sa maîtresse un regard empli d’étonnement et de tristesse.
-J’EN AI ASSEZ D’ÊTRE ENTOURÉE D’INCAPABLES! hurla Lizbeth.
Elle donna un coup de pied à son nécromancien :
-FAIS QUELQUE CHOSE D’UTILE POUR UNE FOIS !

OoOoO

Au volant d’une Plymouth Belvedere noire, Angel manqua d’écraser un grand homme manchot qui clopinait sur la route. A l’arrière, Spike fulminait :
-Je me débrouillais très bien avant que tu ramènes ton sale cul de mort-vivant dans les parages ! Cracha-t-il.
-Ça se voit, répartit le vampire.
-…mais évidemment Môssieur Le Sauveteur Anonyme des Ames Désespérées se croit tout permis ! Poursuivit le peroxydé en le fusillant du regard. Comme d’habitude !
A côté de lui, Maïa ne perdait pas une miette de la dispute. Ses grands yeux noirs passaient de l’un à l’autre, avec un certain amusement. Spike lui décocha une œillade meurtrière et elle lui répondit par un sourire innocent. Il haussa le ton :
-Tu nous laisses tomber comme des vieilles chaussettes, tu te barres dieu sait où sans prévenir, et tu reviens trois ans plus tard, la bouche en cœur, pour voler mes clients !
-Client ?! Ce n’était pas prévu ! Moi, je ne paierai rien ! le coupa Maïa.
Angel fixait la route, droit devant lui, les mains fermement posées sur son volant :
-Si c’était tes clientes, tu aurais du les sauver, répliqua-t-il sur le ton glacial caractéristique de ceux qui ne prennent aucun plaisir à converser.
-J’allais le faire !
Son interlocuteur ne sourcilla pas.
-Je n’étais pas là-bas pour t’aider, reprit-il. J’enquête sur Starblood depuis plusieurs mois. Je vais en finir avec eux aujourd’hui.
Spike prit Maïa à parti :
-Non mais t’entends le culot de ce mec ?!

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MessageSujet: Re: Because of the wonderful things she does   Ven 12 Nov 2010, 09:04

Stella ouvrit péniblement les yeux. Une douleur lancinante parcourait tout son être. Elle essaya de se redresser, mais sa tête la faisait tant souffrir qu’elle préféra ne pas trop bouger.
Elle se sentait bercée par le ronronnement régulier d’un moteur de voiture.
Elle tourna son regard et s’étonna d’apercevoir un parfait inconnu au volant.
Il était à la fois noble et massif, impressionnant et rassurant, comme si tout son être était solidement attaché à la terre depuis des siècles. Ses épaules larges et puissantes se voûtaient pourtant, comme sous le poids d’un fardeau invisible qu’il savait ne pas pouvoir supporter. Le cœur de Stella se serra : qu’il lui semblait triste, cette homme !
La voix de Maïa s’éleva :
-Vu que Stella s’est réveillée, je vous coupe quelques minutes pour la tenir au courant.
Sous le regard intrigué des deux hommes, la jeune femme se pencha vers son amie.
-Je te présente Angel. C’est un vampire, mais il est de notre côté. Il nous a héroïquement sauvées d’une mort certaine, il y a à peine quelques minutes. C’est l’ancien patron de notre ami Spike. Ils sont très contents de se revoir mais ils ne savent pas comment se le dire. Personnellement, je trouve ça assez pénible.
-Hey ! fit Spike.
Il croisa les bras et tâcha de se concentrer sur le paysage qui défilait à l’extérieur. Maïa reprit la parole :
-Angel, voici Stella. C’est une Tueuse de Vampires, mais on ne l’a apprit qu’hier. Moi je m’en doutais un peu depuis que, l’autre jour, elle a littéralement fait tomber en poussières une armée de tes semblables. Elle a pas mal de soucis, probablement pas mal de gens aux trousses aussi, mais elle ne veut pas que ça se sache.
Stella et Angel échangèrent un regard intimidé.
-Et moi, je suis Maïa. Juste Maïa.
Maïa tendit la main à ce dernier, qui ne bougea pas.
Elle haussa les épaules et se rassit confortablement :
-Bon, on va à Cleveland, s’il te plait.
Angel pinça les lèvres :
-Très sympathiques, tes clientes, lança-t-il à l’attention de Spike.
Ce dernier le maudit. Angel l’ignora :
- J’ai une usine à détruire. Je vous dépose dans la ville la plus proche.
La Plymouth poursuivit son chemin dans le silence le plus complet.
Finalement, les champs de blés laissèrent place à la civilisation.
Les premiers bâtiments de Kansas City se rapprochaient. Les lampadaires de la ville éclairèrent l’intérieur de la voiture et Stella réalisa avec stupeur l’étendue de ses blessures.
Dans le petit miroir au dessus de sa tête, elle détailla son visage. Des ecchymoses sombres constellaient ses pommettes. Sa lèvre inférieure était fendue. Son œil droit était si gonflé qu’elle ne pouvait pas l’ouvrir. Cette femme vampire ne l’avait pas ratée.
Mais pour la première fois, elle ne ressentit aucune peur. Au contraire, elle se sentait enragée et pressée d’en découdre :
-Je veux venir avec toi.
Angel jeta un coup d’œil furtif à la jeune femme :
-Non.
Stella insista :
- Tu nous as aidés, alors laisse-moi te rendre la pareille. Ils sont trop nombreux, ça m’étonnerait que tu arrives à les tuer tous.
Elle se redressa :
-A ce qui paraît, j’suis une Tueuse de Vampires. Je sers bien à ça.
Angel ne répondit rien.
Il roula un moment dans les rues désertes de la ville.
Finalement, il stoppa non loin d’une petite armurerie à la devanture sale et encore éclairée à cette heure de la nuit. Il bondit hors de son véhicule et fit quelques pas sur le trottoir.
Il vint ouvrir la portière de Stella :
-Viens choisir une arme.

OoOoO

Il devait être un peu plus de minuit et seuls quelques fêtards avinés traînaient encore dans le quartier. Cela faisait un certain temps que Stella et Angel étaient entrés dans l’armurerie. Spike suivait du regard un chaton mité qui gambergeait dans les rues à la recherche de sa mère. Maïa, quant à elle, tirait mollement sur sa ceinture de sécurité, le regard perdu dans le vague. Finalement, lassée de s’ennuyer, elle se tourna vers son voisin et engagea la conversation :
-Alors comme ça, tu as 150 ans ?
La question sembla surprendre l’homme.
-Et même un peu plus, poupée, répondit-il, non sans fierté.
-Tu ne les fais pas. Cela dit, ça ne veux rien dire. Moi je dois avoir dans les 20 ans, et pourtant, par moments, j’ai l’impression d’être bien plus vieille que ça !
Maïa éclata de rire. Spike sourit et s’alluma une cigarette.
-Alors, maintenant qu’on a un peu de temps, si tu m’expliquais ton histoire plus en détails ?
En chassant la fumée, Maïa haussa les épaules :
-Et bien, Stella et moi, on s’est rencontrées il y a quelques jours. Une chose en entraînant une autre, on s’est mis sur le dos ce débit de boisson vampirique, Starblood. Ils ont bien failli me mettre en bouteille, ajouta-t-elle sur un ton badin. Depuis, on cherche Rupert Giles.
-Pourquoi Giles ?
Maïa serra furtivement la mâchoire :
-Il a beaucoup à nous apprendre.
Spike fronça furtivement les sourcils.
-Oui ça, c’est ce qui t’es arrivé depuis que tu as rencontré Stella, mais avant ?
Maïa se mordit les lèvres.
-D’où tu viens ? insista Spike.
Il n’obtint aucune réponse mais ne se découragea pas pour autant :
-Tu faisais quoi avant de chercher le vieux ?
Maïa remuait sur son siège, mal à l’aise:
-Des trucs normaux, je suppose.
-Tu supposes ?
La jeune femme ne répondit pas.
-Tu ne sais pas ce que tu faisais avant cette semaine ? continua Spike.
-Si, si bien sûr... Je marchais.
-Tu marchais ?
-Je…oui.
Spike dévisagea Maïa, ne sachant pas trop quoi penser de ces réponses évasives. Cette dernière lui rendit un regard inquiet. Brusquement ses yeux s’ouvrirent tout grand et, saisissant Spike par le bras, elle désigna quelque chose d’un doigt tremblant.
L’homme se figea : dans un râle affreux, la créature de Lizbeth était apparue devant eux, et glissait lentement vers la voiture, sa cape trempée par le sang qu’elle avait perdu. Le véhicule se recouvrit peu à peu d’une voile pourpre et glacé...


OoOoO

Angel et Stella étaient passés devant un étal plus que spartiate d'armes, gardées par un berger allemand à l'air revêche. Ils avaient emprunté une porte réservée au personnel et s'étaient acheminés le long d'un couloir jaunâtre, dépouillé de toute décoration. Finalement, Angel avait toqué à une autre porte, d'une façon particulière.
Un homme pour le moins étrange les avait alors accueillis, non sans avoir silencieusement salué les nouveaux venus. Sa peau était laiteuse et striée, ses doigts griffus et sales, et ses yeux entièrement noirs ne réfléchissaient pas la lumière.
-Ca f’sait longtemps, vampire. On a reçu d’la nouvelle marchandise. J’pense que tu seras content.
Il cligna une fois des yeux et Stella, manquant de sursauter remarqua que ses paupières battaient à l'horizontale. C’était la première fois qu’elle voyait un démon.
Elle essaya de se concentrer sur autre chose et détailla la pièce dans laquelle elle se trouvait. Elle était à peine plus grande qu'une salle de classe, mais remplie du sol au plafond d'armes de toutes les époques.
Un véritable musée des armes. pensa-t-elle, impressionnée.
La voix monocorde d’Angel la tira de sa contemplation :
-Donc, tu es une Tueuse.
Stella sursauta.
-Oui... répondit-elle, un peu gênée, avant de rajouter pour détendre l'atmosphère. Une pas très douée.
Angel ne répondit rien, comme pour confirmer ses dires. Il se mit à détailler une arbalète avec un œil torve.
-Tu es mauvaise, car tu as peur, lâcha-t-il enfin. Tu respires la peur à plein nez.
Stella voulut lui rétorquer qu’elle préférait avoir peur que n’avoir plus rien d’humain, mais ce dernier poursuivit sans attendre, la saisissant avec poigne. Sa main comprima le bras de la jeune femme :
-Si tu as peur, tu mourras. Et d’autres mourront par ta faute. C’est ce que tu souhaites ?
-Non, bégaya Stella.
Angel la fixa droit dans les yeux pendant quelques secondes. La respiration de la jeune femme s’accéléra. Finalement, il la lâcha.
-Tu as reçu le pouvoir des Tueuses. Le pouvoir de changer les choses et de protéger ceux que tu aimes. Sois en digne.
Le cœur de Stella se serra.
-Mais, je ne sais pas comment faire.
-Je t’apprendrai.
Angel lui tourna le dos et partit inspecter une masse d’armes à l’autre bout de la pièce, plantant Stella là où elle était. Celle-ci tourna la tête.
Elle tomba nez à nez avec les yeux inquiétants de l’armurier, qui s’était insidieusement rapproché d’elle. Il lui sourit de ses quatre colonnes de dents pointues :
-Belle nuit, non ?
A reculons, Stella partit rejoindre le vampire, qui lui désigna d’un large geste de la main toutes les étagères de la pièce.
-Tu peux prendre n'importe quelle arme ici. Choisis celle qui te convient.
Stella hocha la tête. Les paroles du vampire l’avaient secouée. Mais il avait raison : elle ne pouvait plus rester passive, et se laisser dévorer par ses craintes.
Elle fit quelques pas, pensive. Finalement, l’air décidé, elle s’avança vers une vitrine qu’elle considéra longuement.
Angel la suivit :
-Même les yeux bandés, une Tueuse pourrait choisir la meilleure arme qui convient à sa mission. Fie-toi à ton instinct, fais ton choix.
Stella attendit un peu avant de répondre :
-Oui mais j'hésite entre deux...
A la surprise d’Angel, Stella saisit deux revolvers :
-J'ai toujours aimé les semi-automatiques...Tu me conseilles quoi entre un Desert Eagle et un Beretta M92FS ?
Stella soupesa les armes avec amour avant de reprendre :
-Ce Desert Eagle est particulièrement bien calibré, je dirais qu'il pèse 2 kilos, 2kilos 100, donc forcément, possibles désavantages sur la visée. Munitions .50 Action Express, j'adhère totalement! Le Beretta est moins lourd, plus fiable, mais utilise uniquement des 9mm parabellum, ça me frustre un peu. Sauf si bien sûr je le bidouille pour changer le canon et employer des .44 magnum, mais dans ce cas ce que je peux gagner en puissance, je le perdrais peut-être en recul. T'en pense quoi?
Angel écouta le discours de la jeune femme avec incrédulité. Pour la première fois, un grand désarroi passa sur son visage. Finalement, il tourna les talons :
-...Je vais te prendre un pieu.
Il tendit à Stella un bout de bois pointu. Cette dernière le remercia du bout des lèvres tout en glissant à sa ceinture le Desert Eagle. Elle n’avait pas l’air emballée par la perspective de devoir se battre avec un bâton.
Une détonation se fit entendre, et Angel et Stella, après s'être lancé un regard inquiet, se précipitèrent hors de l’armurerie.

OoOoO

Dehors, une épaisse brume baignait les lieux. Cela n’arrêta pas Angel, qui, repérant le Nécromancien dans la nuée, se jeta sur lui, épée au poing. Il tenta de le trancher en deux, mais ne réussit qu’à sectionner un nuage de fumée qui s’évanouit dans l’air nocturne.
Stella tenta de discerner ses amis. Elle cria leurs noms, inquiète.
Le regard du vampire s’assombrit. Qu’avait donc fait cette créature ?
Non loin, toussant et éructant Spike jaillit hors de la voiture, qui avait été repoussée quelques mètres plus loin, au milieu de la route. Il tomba au sol et essaya de reprendre sa respiration.
Stella se précipita pour l’aider. Elle tendit sa main mais eu un mouvement de recul, les yeux horrifiés. Spike remarqua sa réaction et regarda le véhicule par-dessus son épaule : la voiture n’était plus qu’un amas de paille fumant.
-Bon, ben adieu, la bagnole, lâcha-t-il, les yeux ronds. Elle s’est pris le sort de cette chose en pleine gueule.
Il rajouta, non sans satisfaction :
-Fini la frime, hein, Angel ?
-Spike… dit Stella d’une voix blanche.
-Quoi ?
Spike sembla réaliser quelque chose. Il regarda une de ses mains. Ce n’était plus qu’un fagot de paille vulgairement ficelé. Incrédule, il lâcha :
-Et merde.
Il était de la tête au pied constitué de paille.
C'était le même homme qu'avant, à ceci près que ses cheveux avaient été remplacés par de longs épis de blés, et ses yeux par deux boutons bleus cousus. Un épi de maïs lui servait désormais de nez. Ses habits étaient restés les mêmes, sauf qu'ils étaient à présent déformés par l'abondance de paille. Il n'avait plus ni pieds ni mains, mais des fétus grossièrement ficelés, qui le faisaient se dandiner de façon grotesque.
C’est le moment que choisit Maïa pour refaire surface, hébétée. Spike se jeta sur elle et la secoua :
-Et toi, pourquoi tu n’as rien ?
Maïa, bien que perturbée, était indemne.
-Je suis sortie à temps de la voiture, bredouilla-t-elle.
-Quoi ?! Mais tu avais ta ceinture de sécurité ! Comment tu as-fait ?
-Je n’étais pas attachée. Je suis sortie à temps, c’est tout !
-Mais si, tu étais attachée !
Les deux se regardèrent avec incrédulité.
Finalement, Maïa lui sourit avec bienveillance :
-Mais voyons, Spike, si j’étais attachée… comment diable serais-je sortie ?
-Ça ne se passera pas comme ça, les coupa Angel.
Le vampire regardait droit devant lui, poings serrés.
-Starblood va le payer.
Spike s’avança vers lui, surpris :
-J’aurai jamais cru que tu prendrais ma cause à cœur.
-Personne ne touche à ma Plymouth, grogna Angel.
La mâchoire crispée, le vampire osait à peine regarder sa voiture. Soudain, il se mit à marcher d’un pas rageur, le regard décidé, et fit signe aux autres de le suivre :
-Venez, ordonna-t-il. Il n’y a qu’une chose à faire.
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